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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/163

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conflit entre le pape et l’empereur, entre la crosse et l’épée. La lutte entre les deux puissances sous cette forme directe et brutale ne s’est pas renouvelée depuis 1814.

Deux fois le pouvoir politique et le clergé ont été aux prises. En attaquant en 1845 le monopole universitaire, en critiquant la diplomatie impériale en 1860, les évêques luttaient ouvertement, mais ces incidens, circonscrits entre l’Université et le haut clergé, entre les ministres et les prélats, passaient presque inaperçus dans les paroisses.

Nous sommes aujourd’hui les témoins d’une querelle démocratique. Ce n’est plus Philippe le Bel, Louis XIV ou Napoléon, ce n’est plus un monarque en lutte avec le corps du clergé, ce sont les adversaires des catholiques qui prétendent parler au nom de la foule devenue souveraine. C’est le conflit venant d’en bas entre le maire et le desservant, entre le conseil municipal et le curé, entre le comité radical et ceux qui portent la soutane, conflit qui est le résultat d’un mot d’ordre et qui a son écho dans les chambres.

Il n’y a eu en ce siècle qu’un seul différend de ce genre. Au lendemain de la révolution de 1830, les esprits étaient très excités. Allié de la Restauration, le clergé était tombé du pouvoir. L’opinion publique triomphante faisait sentir durement aux vaincus leur défaite. Le suffrage universel, il est vrai, n’existait pas, mais la force publique appartenait à la garde nationale ; rétablie dans les moindres communes, exerçant dans les provinces comme à Paris sa toute-puissance, ardemment dévouée au trône qu’elle venait d’élever, elle prétendait exercer le pouvoir direct. De là une pression populaire imposée d’accord avec les maires, sorte de tyrannie que les préfets n’avaient ni la puissance, ni parfois le désir de prévenir. Aux regrets mal dissimulés du clergé, aux actes d’opposition qui, en certains diocèses, étaient accomplis par la majorité des curés, répondaient les défiances de tous les représentans de l’opinion : le moindre incident, une protestation, un refus de prières, soulevaient des colères. A Paris, en 1831 et en 1832, un prêtre ne pouvait se montrer en soutane.

Deux ans plus tard, les esprits étaient calmés, la paix était rétablie entre l’Église et l’État. Que s’était-il passé ? A l’aide de quelles lois, de quelles mesures, cet apaisement s’était-il produit ? Comment le gouvernement, sans réclamer de lois spéciales, sans recourir à un remède violent, avait-il su rétablir son autorité méconnue ?

Pour tirer de cet exemple toute sa valeur, il est bon de nous rendre un compte exact de ce qui se passe autour de nous : il faut faire l’inventaire des idées, des passions, des préjugés qui ont