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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/154

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mêmes originaux que Molière, ses renseignemens sont d’un grand prix ; grâce aux Précieuses ridicules et aux Femmes savantes, il a pour nous le même intérêt que ces scoliastes de l’antiquité, plats grammairiens et critiques sans goût, désormais inséparables des grands écrivains auxquels ils se sont attachés.

Qu’est-ce donc, selon Somaize, qu’une précieuse ? Entre les nombreuses définitions qu’il nous offre, on n’a que l’embarras du choix. La plus complète se trouve dans la préface du Grand Dictionnaire. Il y distingue quatre sortes de femmes. Les premières, tout à fait ignorantes, ne sachant « ce que c’est que de livres et de vers et incapables de dire quatre mots de suite ; » celles-là, naturellement, n’existent pas pour lui. Les secondes, intelligentes, mais lisant peu, « esprits bornés qui ne s’élèvent ni ne s’abaissent, et qui doivent tout à la nature, rien à l’art ; » elles ont peu d’importance. « Les troisièmes sont celles qui, ayant un peu plus de bien ou un peu plus de beauté que les autres, tâchent de se tirer hors du commun ; et, pour cet effet, elles lisent tous les romans et tous les ouvrages de galanterie qui se font. » Cependant, elles n’en font pas elles-mêmes, et se contentent d’ouvrir leur maison aux littérateurs et aux gens de goût ; « elles tâchent de bien parler et disent quelquefois des mots nouveaux sans s’en apercevoir, qui, étant prononcés avec un air dégagé et avec toute la délicatesse imaginable, paraissent souvent aussi bons qu’ils sont extraordinaires. » Voilà, selon Somaize, les femmes que Molière a raillées : « Ce sont ces aimables personnes que Mascarille a traitées de ridicules dans ses Précieuses, et qui le sont, en effet, sur son théâtre par le caractère qu’il leur a donné, qui n’a rien qu’une personne puisse faire naturellement, à moins que d’être folle ou innocente. » Quant à la quatrième sorte de femmes, « ce sont celles qui, ayant de tout temps cultivé l’esprit que la nature leur a donné, et qui, s’étant adonnées à toutes sortes de sciences, sont devenues aussi savantes que les plus grands auteurs de leur siècle et ont appris à parler plusieurs belles langues aussi bien qu’à faire des vers et de la prose. Ce sont de ces deux dernières sortes de femmes dont M. de Somaize parle dans son dictionnaire sous le nom de précieuses. »

L’idéal d’une vraie précieuse, selon Somaize, est donc celui-ci : « Voir beaucoup de monde, et surtout des gens de lettres, parler de toutes choses, mettre au monde quelque auteur, ce que chacune d’elles affecte en particulier, faisant gloire de donner de la réputation à ceux qui s’attachent à leur montrer ce qu’ils font de nouveau. » Les éloges qu’elle tient à cœur de mériter, « c’est d’aimer fort la lecture, les vers, et surtout la conversation ; de savoir bien coucher par écrit, d’avoir de grandes connaissances, de faire