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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/149

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à la suite de chaque lettre, et l’on aura une idée fidèle de cet étrange livre. Comme style, c’est toujours Somaize, avec sa diffusion, sa prétention et sa platitude. Ailleurs il imitait Molière, en croyant le corriger, et l’on sait avec quelle maladresse ; ici, il est le disciple authentique de Mlle de Scudéry, qu’il comble d’éloges. Son livre représente le dernier degré de cette littérature languissante et délayée dont Sapho est le grand écrivain et ses romans les œuvres les plus parfaites. Mais, comme fonds, il semble bien qu’il n’a point menti en déclarant qu’il a travaillé sur mémoires et pièces authentiques. Il ne le dit pas seulement dans la préface, mais souvent aussi dans le corps du volume. Il se rengorge alors, plein de son importance ; il regrette de ne pouvoir « répondre au désir de toutes celles qui souhaiteroient que l’on parlât d’elles, » et « contenter ceux qui lui apportent tous les jours des mémoires. » Il devance les procédés de la réclame moderne ; sans idées et sans style, insolent et plat, gonflé d’importance, il y a du reporter chez lui, et, de même que la presse reconnaît son fondateur dans Théophraste Renaudot, le reportage pourrait saluer un ancêtre dans Somaize. A vrai dire, cet art, que notre temps devait élever à un si haut degré de perfection, est encore bien imparfait dans ces mains maladroites. Somaize expose trop naïvement les procédés du métier ; il ne cache pas assez sa cuisine. Il dira, par exemple : « Puisque l’on ne m’a pas dit autre chose de lui, je suis d’avis, pour me venger de ces gens chiches, d’écrire deux lignes et de n’en pas dire davantage. » Ou encore : « Diaphanise, première du nom, est une fille qui m’a fait pester, bien que je ne l’ai jamais vue ; aussi, n’est-ce pas se moquer d’écrire à un homme : « Je vous prie de ne pas oublier Diaphanise dans votre dictionnaire des précieuses ; elle l’est en vérité ; » et d’ajouter : « Je suis votre, etc., » sans me mander si elle est belle ou laide, jeune ou vieille, grande ou petite, si elle n’a qu’un alcôviste ou si elle en a plusieurs, comme si j’avois le don de deviner toutes ces choses sans qu’on me les eût dites ? Ainsi, si je ne dis rien d’elle, ne vous en plaignez pas à moi. » Il semble même, çà et là, user du chantage ; certains passages ont quelque chose de louche et de menaçant ; ainsi l’histoire de Scilaris et de ses trois filles. Il a beaucoup de réticences venimeuses dans le genre de celle-ci : « Il est certain que les vers, la musique et les cadeaux sont les divertissemens ordinaires de Trasimène, et que Lucilius est un de ses premiers alcôvistes : sa qualité et l’estime où son esprit l’ont mis en sont des raisons assez grandes sans que je sois obligé d’en alléguer d’autres, que je veux ignorer et que peu de gens peuvent savoir. » Il conte, à mots couverts, beaucoup d’histoires