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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/938

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ou un plat de Bernard Palissy sont des chefs-d’œuvre au même titre que le Jugement dernier ou la Vénus de Milo ? On pensera que c’est beaucoup dire, et qu’en vérité trop est trop. « Votre profession ? » demandait jadis un président d’assises au vieux Dumas, témoin dans un procès qui se plaidait à Rouen. « Je dirais auteur dramatique, si je n’étais dans la patrie de Corneille, » répondait-il ; mais le président, à son tour : « Il y a des degrés en tout. » C’est ce que M. Arsène Alexandre, et son préfacier, M. Roger Marx, semblent avoir un peu oublié. Quand on leur accorderait que tous les arts « sont sortis du besoin que l’homme éprouvait d’orner sa demeure, » — ce qu’il ne resterait d’ailleurs qu’à établir, — il ne s’ensuivrait pas que pour être conforme à son véritable objet, l’art ne dût jamais ni s’élever au-dessus de son origine, ni au besoin s’en séparer. Ils nous disent encore : « L’art est un, seules ses manifestations sont multiples ; » ce qui n’est qu’une naïveté, si l’on entend par là qu’un musicien et qu’un peintre sont également des artistes, mais ce qui n’est qu’un sophisme, si l’on veut dire qu’il y ait autant d’invention dans un service de porcelaine de Sèvres, et de style, et de « pensée, » que dans le Tombeau des Médicis ou dans l’École d’Athènes. Je n’aurais pas de peine à montrer à M. Arsène Alexandre et à M. Roger Marx, si j’en avais ici la place, que leurs exagérations de plume vont tout droit contre leur intention, qui est de lier le renouvellement et la prospérité du « grand art » à la prospérité même des arts décoratifs, » en quoi je crois qu’ils ont absolument raison… Mais puisqu’enfin l’intention est bonne et louable même, puisque d’ailleurs le livre est bien fait, puisque les partis-pris de l’auteur ne sont qu’une forme de sa compétence et les garans de sa sincérité, nous n’insisterons pas autrement, et en recommandant à nos lecteurs l’Histoire de l’art décoratif, il nous suffira d’ajouter que nous leur recommandons l’un des beaux livres qu’on nous ait donnés cette année. Nous ne leur recommanderons pas moins vivement le très beau livre aussi de M. Henry René d’Allemagne : Histoire du luminaire depuis l’époque romaine jusqu’au XIXe siècle [1], ouvrage illustré de quatre-vingts planches hors texte et d’un grand nombre de vignettes qui joignent toutes à leur valeur d’art une valeur ou une signification historique précise. Le livre de M. d’Allemagne est quelque chose en effet, sinon de plus, mais au moins d’autre qu’un livre d’art : c’est un livre d’érudition, et, à de certains égards, presqu’un livre de science. La distribution, qui ne pouvait manquer (t’en être claire, en est strictement chronologique. En vérité, c’est un de ces livres où l’on sent tout le pouvoir de l’histoire, et que, pour intéresser les moins curieux d’entre nous, il suffit de les

  1. 1 vol. in-4° ; Alphonse Picard.