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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/921

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deux enfans, et pour subvenir à leur éducation s’installa à Harrow, où, grâce à la bienveillance du docteur Vaughan, qui était alors headmaster du collège, elle prit en pension des écoliers. C’était une Irlandaise protestante, ardente, mystique, visionnaire. « Elle avait, dit sa fille, une forte dose de superstition celtique. « L’affection dont elle entoura ses enfans fut si brûlante et désordonnée que miss Marryatt, la sœur du romancier, rigide évangéliste, et amie de la famille, s’en inquiéta pour la jeune fille et obtint d’être chargée de son éducation. Elle éleva sa pupille avec une religieuse sévérité, lui enseigna l’horreur des bals, des théâtres, des amusemens mondains. Le dimanche, la seule distraction était de deviner des énigmes « bibliques » et de faire l’école aux petits malheureux. Un beau jour, Mme Wood s’effraya de la roideur de l’éducation donnée à sa fille, et la rappela près d’elle. Elle la fit danser avec les juniors du collège d’Harrow, l’adora, et lui laissa la bride sur le cou. La jeune fille en profita pour lire Dante, et aussi les pères de l’église. Même elle se passionna si bien pour le catholicisme que, sans les preuves données par Pusey que l’église anglaise peut être catholique sans être romaine, elle serait devenue papiste. Catholique, miss Wood fût entrée au couvent et aurait pris pour époux Christ, l’époux éternel : anglicane, elle épousa un pasteur « pour se rapprocher de Dieu. » Et ce fut ainsi que le révérend Frank Besant devint son mari.

Or, le révérend Frank Besant était un clergyman anglican, conventionnel et conservateur, mais nullement une créature angélique. Quand Mme Besant eut fait cette découverte, elle perdit, en même temps que tout amour pour lui, la moitié de sa foi chrétienne. Une grave maladie d’un de ses enfans lui en fit perdre le reste : « Dieu peut tout, il est bon, et il permet la souffrance ! » Cette idée la jeta dans une agonie de doute si terrible qu’elle en tomba malade. Elle s’entoura de livres théologiques pour fortifier sa religion, lut Robertson, Stopford Brooks, Bampton, et n’y trouva que de nouveaux sujets d’inquiétude. Longtemps elle se raccrocha désespérément à cette croyance : « Au moins, il est impossible que Christ ne soit pas Dieu ! » Puis elle la sentit s’écrouler à son tour. Alors, elle alla se jeter aux pieds du docteur Pusey, le vénérable chef du High Church. — « Je ne crois plus en Jésus-Christ ! — C’est un blasphème, dit Pusey ; il faut éloigner de vous-même l’idée d’un tel doute. Lisez Bampton. — Mais je l’ai lu, et bien d’autres encore. — Ah ! vous n’avez que trop lu, malheureuse, s’écria Pusey, le démon de l’orgueil intellectuel vous possède, vous êtes perdue à jamais. » Le dernier lien qui la retenait au christianisme était rompu. Elle partit pleine de mépris pour ce prêtre qui lui disait de croire aux enseignemens de l’Église, parce