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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/897

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En l’année 1732, il espérait la mort de l’électeur palatin et l’ouverture de la succession de Juliers et de Berg, ces duchés sur lesquels le roi de Prusse avait des droits qu’il rappelait en toute occasion. Ces droits étaient contestés, et ni la Hollande, ni l’Angleterre-Hanovre, ni la France, ni l’empereur, ne se souciait de laisser Frédéric-Guillaume entrer en possession de Berg et de Juliers ; la guerre semblait donc très probable. Un jour arrive à Neu-Ruppin l’ordre de se préparer à partir ; Frédéric le reçoit avec une très vive émotion ; il s’amuse à regarder la garnison en remue-ménage et la ville en révolution, chacun courir éperdu, les soldats prendre congé de leurs hôtes et les officiers de leurs maîtresses. Il exécute avec toute la justesse imaginable ses instructions ; il fait tendre ses tentes. Il va donc enfin voir agir « la belle armée du roi ! » Son regard la précède dans les plaines de Juliers et de Berg, et découvre, aux portes des villes prises, les nouveaux sujets prosternés aux pieds de leur nouveau maître. C’est le premier frisson d’un amour qui s’éveille, l’amour de la gloire.

L’électeur ne mourut point ; les tentes furent repliées ; les officiers reprirent leurs maîtresses, et Ruppin rentra dans son calme ; mais l’Europe, en aucun temps, ne laisse chômer l’espérance de guerre. C’étaient alors les successions qui l’entretenaient ; à défaut de celle de Berg et de Juliers, on eut la succession de Pologne. A l’automne de 1733, les Français passaient le Rhin et s’emparaient de Kehl, pour opérer une diversion en faveur de Stanislas Leczinski, élu roi de Pologne, contre qui étaient coalisées la Russie, la Saxe et l’Autriche. L’empire prit les armes avec sa lenteur accoutumée, et le roi de Prusse se mit en devoir de fournir à l’empereur un secours de dix mille hommes qu’il lui avait promis. Le prince royal est repris d’enthousiasme. Cette fois, l’occasion ne manquera point de jouer du moulinet ; et ce n’est pas trop tôt, en vérité, car il craignait que la force de son bras ne se perdît dans le repos. Il pensait qu’on peut encore, à vingt-deux ans, devenir écolier militaire, mais qu’il serait trop tard dans quelques années : « Un métier tel que celui de la guerre mérite plus que les applications de la vieillesse. » Et il écrit son éloge de la guerre, comme tout à l’heure l’éloge des champs : « La guerre corrige la luxure et le faste ; elle apprend la sobriété et l’abstinence ; elle déracine tout ce qui est efféminé. » Elle a toutes les vertus, pourvu qu’elle se fasse sur le terrain d’autrui, « hors de nos confins et limites. » L’occasion qui s’annonçait lui était particulièrement agréable : c’était contre la France qu’il allait combattre. Il aimait la France et les Français au point de ne parler, de ne lire, de n’écrire que notre langue, de s’habiller à notre mode et de