Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/871

Cette page n’a pas encore été corrigée


écrivait le général Roberts dans ses instructions au général Mac-Pherson, lequel devait succomber à la maladie sans avoir pris possession de son commandement, il faut que les troupes fassent partout sentir leur présence et demeurent dans les principaux endroits assez longtemps pour permettre au pouvoir civil d’établir l’administration sur une base solide, pour inspirer aux populations de ce pays un sentiment de confiance dans la stabilité de notre domination, et pour leur ôter toute crainte d’être plus tard accablés par les dacoits. »

Une pareille tâche implique, exige la parfaite entente des autorités civiles et militaires. « J’ai consulté, écrit le général White, qui eut un moment plus de 30,000 hommes sous ses ordres et exerça son commandement avec un rare bonheur, j’ai consulté le chief commissioner sur les opérations à venir, et il est d’accord avec moi sur le plan que je viens d’esquisser. » N’allons pas croire cependant que, soldats ou fonctionnaires, les Anglais fussent des philosophes prêts à sacrifier tout de suite leurs rivalités à l’intérêt supérieur du pays. Ils ont, en plus d’une circonstance, laissé percer les plus laides passions de la nature humaine, et leurs jalousies ont entraîné des effets presque aussi fâcheux qu’elles ont pu le faire en aucun autre pays [1]. Mais, jamais chez eux, ces attristans conflits, que d’autres nations ont connus, n’ont été révélés au grand public, et ils ne l’ont pas été parce qu’il existe encore des pays où le grand public n’est pas le chef suprême de qui tout relève. Dans l’Inde et dans les provinces qui en dépendent, au-dessus de toutes les coteries et de toutes les rivalités, règne, assez puissante pour les réduire et les discipliner, une autorité indiscutée : celle du vice-roi.

Les Anglais, avec leur sens admirable du gouvernement, ont conféré aux gouverneurs de leurs possessions des pouvoirs assez

  1. Sir Charles Dilke a, dans un passage de ses Problems of Greater Britain, II, p. 51, fait à ces conflits une allusion discrète. En Birmanie même, on était moins discret. Voici, par exemple, ce que le correspondant du Times télégraphiait le 25 février 1888 : « Le district de Kyouske est dans une situation excellente. Cette situation est due sans aucun doute à la manière cordiale dont les autorités civiles et militaires y ont travaillé ensemble. Une semblable coopération n’est malheureusement pas universelle en Haute-Birmanie. » Au surplus, les conflits n’éclataient pas seulement entre civils et militaires. Il semble qu’en Birmanie (comme d’ailleurs au Tonkin), chacun ait considéré son district ou sa province comme un domaine soumis à son action exclusive. Quiconque empiétait sur son domaine était traité en ennemi, au plus grand dommage des affaires publiques. Un officier, le capitaine Raikes, est chargé, par ses chefs hiérarchiques, d’aller négocier avec une tribu des Chins, située au voisinage du district de Pagay. Le chef de ce district, le capitaine Eyre, apprend cette mission et aussitôt invite les Chins « à se mettre en rapport avec lui de préférence au capitaine Raikes. »