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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/850

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France à l’image de l’ancienne, et ils pouvaient emporter avec eux les lois de la patrie, ou plutôt de la province qui était la vraie patrie de ce temps-là. L’action législative du pouvoir se manifestait donc surtout dans les chartes de concession, et ces chartes, signées des Richelieu et des Colbert, nous paraissent encore aujourd’hui, étant donnés les préjugés du temps en matière de gouvernement et de commerce, de tout point impeccables. Impeccables aussi étaient les procédés qui ont si vite et si excellemment peuplé nos colonies. La population des colonies, en effet, valait presque celle de la métropole : elle était empruntée à toutes les classes de la nation, à toutes les catégories de citoyens. Toutes, on les sollicitait à coloniser précisément par ce qui pouvait le mieux les séduire : les nobles, par l’espoir de bénéfices ; les bourgeois et les magistrats, par les titres de noblesse ; les marchands, par les monopoles ; les agriculteurs, par les concessions de terres ; les pères de famille, par les exemptions d’impôts ; les célibataires, par l’abrègement des formalités du mariage. Et ce sont ces colons, représentans fidèles de la société française, qui nous ont donné plus tard la société polie et exquise de la Réunion et de l’Ile de France, la société robuste et florissante du Canada. Enfin les fonctionnaires étaient dignes du reste. Les procédés administratifs de cette époque et de la nôtre ne sauraient se comparer. On était alors moins paperassier et moins autoritaire ; partant, on se souciait infiniment plus qu’aujourd’hui de la valeur des agens de conception, les gouverneurs et les commandans-généraux, et infiniment moins de celle des agens d’exécution, les secrétaires et les commis. Un régime de faveur, — plein de périls, mais aussi de facilités, — permettait au roi d’aller chercher là où ils étaient les hommes de mérite, et des traditions, fruit d’une longue expérience, lui enseignaient, une fois trouvés, à les garder.

C’est à cette méthode coloniale de l’ancien régime que la France a dû tant de possessions magnifiques qui, au XVIIIe siècle encore, faisaient douter qui, d’elle ou de l’Angleterre, serait la grande nation colonisatrice. Malheureusement, et ce merveilleux domaine, et ces colons inappréciables, et cette sagesse qui, malgré tout, se perpétuait dans les conseils du roi, tant de biens payés si cher et si lentement conquis, rien ne nous en est demeuré. Le domaine s’est émietté et les traditions se sont obscurcies avec la royauté finissante ; puis tout a sombré dans le grand bouleversement de la fin du siècle, et notre splendeur passée n’est plus attestée que par la gloire de rivaux riches de nos dépouilles.

Aujourd’hui, et malgré tant de désastres, nous avons, par vingt années d’efforts, pu reconstituer notre empire colonial. Mais quand nous voulons le mettre en valeur, nous cherchons en vain et les méthodes à suivre et les hommes pour les appliquer. La chaîne