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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/759

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que, alors même que le pape ne parle point ex cathedra, en pontife infaillible, il y a témérité, orgueil, partant péché, à ne pas se courber devant les enseignemens du chef de l’Église. L’obéissance est devenue la première vertu du catholique ; mais, le plus souvent, par la faculté d’interprétation, la liberté d’opinion trouve moyen de se concilier avec l’obéissance. A cet égard, il en sera des encycliques de Léon XIII comme du Syllabus et des encycliques de Pie IX. Elles, aussi, échapperont malaisément à la diversité des interprétations, quoique, aujourd’hui, dans l’Église, on semble se faire un devoir de jeter, sur toutes les divergences, le voile du silence. Si bien disciplinés que soient les catholiques, il restera, parmi eux, dans les questions sociales, comme dans les questions politiques, deux tendances : ni ici, ni là, l’unité absolue n’est de ce monde. Est-il quelqu’un pour s’en plaindre, ce ne sera point nous. Qu’il s’agisse de M. Freppel ou de M. de Mun, des disciples de Le Play ou des imitateurs de Ketteler, il nous déplairait de voir mettre des cadenas à des bouches éloquentes, fût-ce celles de nos contradicteurs.


IV

Si, en matière sociale, les enseignemens du souverain pontife ont quelque autorité, il est désormais interdit à un catholique de se dire socialiste. On s’en est aperçu, cet automne, au « congrès » de Malines. Un avocat de Bruxelles, M. Dumonceau, avait engagé les catholiques à ne pas se montrer hostiles au socialisme, à ne point avoir peur d’un mot. Ce langage a soulevé les protestations de l’assemblée et provoqué de véhémentes répliques de la part de M. le chanoine Winterer, comme de Mgr d’Hulst. Le débat a été résumé aux applaudissemens du « congrès » par M. Hellepute, professeur à l’université catholique de Louvain. « Un socialisme chrétien, a-t-il dit, serait celui qui admettrait les principes que tous les socialistes rejettent. Il faudrait alors changer le sens du mot. Mais il est trop tard : Karl Marx, Bebel, Liebknecht l’ont fixé. On peut regretter que ce nom leur soit échu en partage, comme je regrette, pour ma part, que le nom de libéralisme soit échu aux libéraux ; mais ce sont là des regrets stériles. — Le mot de démocratie, au contraire, ajoutait le professeur de l’université catholique, n’est pas encore confisqué, et comme il exprime une idée très conforme à l’Évangile, nous le prenons, de peur qu’on nous le prenne ; — et nous saurons le justifier. » L’explication est