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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/728

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le sanctuaire de la conscience. L’y confiner, en fermant sur elle les portes du temple, c’était la ramener à sa mission.

Eh bien ! non, ce n’était là qu’une illusion. Nous avons eu beau séparer le temporel du spirituel, on ne peut ainsi en faire deux compartimens isolés par une cloison étanche. L’Église ne saurait longtemps se désintéresser de tout ce qui vit et s’agite autour d’elle. Ses prêtres ne pouvaient toujours se borner à psalmodier dans l’immobilité de leurs stalles des oraisons latines, à entonner le De profundis devant le catafalque des morts, à faire réciter le catéchisme à des enfans distraits, et à écouter dans le silencieux demi-jour du confessionnal les monotones aveux des dévotes de tout âge. L’Église, il est vrai, tout en protestant contre cette réclusion, semblait peu à peu en prendre l’habitude. On eût dit que le pape, interné au Vatican, allait devenir le symbole vivant de la situation faite à la religion et au Christ. A l’imitation du suprême pontife, les évêques n’apparaissaient guère sous le portail de leurs cathédrales que pour jeter un anathème aux nouveautés du jour. Par ses malédictions chagrines, l’Église semblait elle-même se reléguer à l’écart de ce monde qui se retirait d’elle. Prétendait-elle encore s’adresser à eux, les peuples ne la comprenaient plus. Nombre même de ses enfans ne lui prêtaient qu’une oreille inattentive. C’est qu’elle les fatiguait de ses doléances sur les malheurs des temps, ne cessant de vanter le passé à des générations qui n’avaient d’yeux que pour l’avenir. — Et voilà que cette vieille mère, traitée de radoteuse par l’irrévérence de tant de ses fils, s’est mise à parler aux hommes de ce qui les passionne et les divise le plus. Tout comme aux temps des Grégoire VII et des Sixte-Quint, le pape veut dire son mot sur les affaires humaines ; et le monde ne s’en irrite point, et le siècle ne s’en montre pas trop surpris. C’est encore là un signe des temps qui viennent. Il semble bien que nous assistions à la rentrée en scène d’un des grands acteurs de l’histoire ; — et, sur le vieux théâtre d’où on l’avait crue à jamais bannie, la papauté aperçoit un personnage nouveau, bien différent de ceux auxquels, pendant mille ans, elle a donné la réplique. A la place des dynasties sacrées par ses mains, elle a en face d’elle la démocratie ; émouvante rencontre, en vérité, et d’où dépend beaucoup le dénoûment du drame des temps prochains. La papauté en a le sentiment, et, sans s’attarder à des discours inutiles, elle va droit à la démocratie, et de quoi lui parle-t-elle ? De ce qui tient le plus au cœur du peuple, de la question sociale.