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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/672

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théories de l’auteur, de se voir transformés en critiques d’art. Ce n’est pas qu’aussitôt après la publication de ce factum, des voix autorisées ne se soient élevées, en Allemagne même, pour en montrer l’outrecuidante ignorance. En même temps que l’article de la Norddeutsche Zeitung que nous avons signalé, un autre, tout aussi bien fait, et dû à la plume de M. Janitsch, directeur du musée de Breslau, paraissait dans le journal de cette ville, et ils étaient suivis de près par ceux des Münchner Nachrichten, du Repertorium, du Sammler, etc. Mais c’est des érudits hollandais surtout que sont venues les plus vives et les plus légitimes protestations. Il est dur, en vérité, après avoir passé sa vie dans les archives pour éclaircir peu à peu, à force de patientes recherches, les points restés obscurs dans la vie de Rembrandt, de s’entendre dire par ce critique de hasard qu’on s’est grossièrement trompé et que le grand artiste qui fait la gloire de la Hollande n’était qu’un vil exploiteur et un homme sans talent. Aussi est-ce avec une indignation bien naturelle qu’à diverses reprises M. A. Bredius, — qui, par ses nombreuses et importantes découvertes, a le plus contribué à renouveler l’histoire de la peinture hollandaise, — et à côté de lui deux jeunes savans, MM. E. Moes et G. Holstede de Groot, qui marchent dignement sur ses traces, ont relevé, comme il fallait, quelques-unes des bévues les plus grossières de ce prétendu réformateur. Peut-être, en discutant sérieusement ses idées, lui ont-ils fait plus d’honneur qu’il n’en méritait. Dans la brochure qu’il lui a consacrée, M. Moes l’appelle un moderne Érostrate. Que M. Moes se rassure, M. Lautner n’a rien détruit et il n’a fait tort qu’à lui-même. Il suffit de lui rappeler la fable du Serpent et la Lime, pour qu’il la lise et en fasse son profit ; c’est proprement à lui qu’elle s’adresse. Pour nous, il nous plaît, en le quittant, d’affirmer que ce gros livre, qui émeut à ce point nos voisins, n’aurait trouvé chez nous ni éditeur, ni lecteurs. Venant après Rembrandt als Erzieher, il nous paraît doublement malencontreux. Cette Hollande, à laquelle M. Langbehn adressait des déclarations si passionnées, et dont il rêvait de faire la conquête… morale, voici qu’à son tour M. Lautner l’offense à la fois dans ses érudits les plus estimés et dans le nom le plus illustre de son histoire, dans ce Rembrandt que, n’en déplaise à M. Lautner, on continuera d’admirer comme le peintre de la Ronde de nuit et des Syndics.


IV

M. Lautner a mal pris son temps. S’il avait paru au commencement de notre siècle, son livre aurait eu quelque chance d’être bien