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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/653

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De ce jour, la cause du grand artiste était gagnée. Même alors qu’il était abandonné dans sa patrie par le gros du public, il y avait cependant toujours compté quelques fidèles parmi les artistes, comme les paysagistes Berchem et Asselyn, et après eux, le premier des peintres de marine de la Hollande, J. van de Cappelle, qui réunissait un grand nombre de tableaux de Rembrandt, se faisait peindre par lui ainsi que sa femme, et accaparait tous ceux de ses dessins qu’il pouvait se procurer. De bonne heure aussi, les eaux-fortes du maître avaient été recherchées des amateurs. En France, même de son vivant, Félibien, l’ami de Poussin, avec une impartialité et une ouverture d’esprit bien rares à cette époque et particulièrement remarquables chez un écrivain élevé dans l’amour du style classique et des Italiens, avait en fort bons termes proclamé le mérite de Rembrandt. De Piles, qui, par son éducation et son entourage, ne semblait pas mieux préparé à le goûter, s’était aussi montré un appréciateur délicat de son talent. Fait prisonnier en Hollande, il avait employé sa captivité à La Haye et au château de Loevenstein à rassembler une riche collection de ses dessins. Ce n’était là d’abord qu’une élite ; mais de plus en plus le public était entré dans cet art et la vogue du maître aussi bien que le prix de ses ouvrages allaient toujours en augmentant. En même temps que la facilité plus grande des relations rendait plus accessibles les musées ou les collections particulières qui possèdent ses œuvres, des photographies d’après ses tableaux, des fac-similés de ses eaux-fortes ou de ses dessins permettaient de mieux apprécier la fécondité de son imagination, la souplesse et la puissance de son génie. Il n’est que juste, d’ailleurs, de rappeler ici les pages charmantes de cette belle étude sur les Maîtres d’autrefois qui fait époque dans les annales de la critique d’art. Si parfois on y souhaiterait une connaissance un peu plus complète de la vie et de l’œuvre d’un maître dont Fromentin n’avait guère vu que les tableaux du Louvre et ceux de la Hollande, quelle délicatesse d’analyse, en revanche, quelle fine et pénétrante intelligence dans les jugemens portés sur ces chefs-d’œuvre ! quelle distinction exquise et quelle grâce dans ce style si nuancé, d’une allure si vive, d’un rythme et d’un tour si personnels !

Au lieu d’épuiser la curiosité, toutes ces études sur Rembrandt n’avaient fait qu’accroître le désir de le connaître de plus près encore. Parmi les critiques qui, depuis dix ans, se sont le mieux acquittés de cette tâche, MM. W. Bode et A. Bredius méritent d’être cités hors de pair. Vosmaer, il faut l’avouer, avait commis d’assez nombreuses erreurs et le sens esthétique n’était pas chez lui à la hauteur de l’érudition. Avec un goût plus sûr et plus exercé,