Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/578

Cette page n’a pas encore été corrigée


pénétrée d’élémens britanniques ? N’était-ce pas le moment ou jamais de poser les bases d’une fédération beaucoup plus large, de former un noyau solide autour duquel s’opérerait ensuite sans secousses la cristallisation politique de l’Afrique australe ? On décida donc que l’assemblée se recruterait par petites circonscriptions et qu’il y aurait seulement deux grands collèges pour le conseil législatif, destiné à représenter des intérêts régionaux. Quelque chose, en un mot, de semblable à ce que serait, en Algérie, une chambre spéciale de mandataires des trois départemens.

Ce plan à longue portée ne manquait ni de mérite ni de grandeur un peu chimérique peut-être. On y sentait la marque de M. Gladstone encore plus que de lord John Russell. Mais, en fait de grandiose, tout cela passait un peu les bornes du sens commun. Le Cap, alors, ne comptait guère plus d’habitans que Manchester ou Birmingham. A ce corps chétif on prit mesure pour l’habiller dans le goût parlementaire, comme qui eût forgé à l’intention du général Tom-Pouce le casque et la cuirasse de François Ier.

Pour comble, en gratifiant la colonie du plus riche outillage constitutionnel, du plus compliqué, du plus difficile à conduire, le gouvernement métropolitain n’avait garde de lui en remettre aussi la haute direction ; il se réservait de tourner la manivelle. Ce reste de défiance allait développer un antagonisme inévitable sans autre remède que la dissolution des chambres et le conflit, ou une nouvelle abdication. Par-dessus les deux chambres on plaça un conseil exécutif de cinq fonctionnaires nommés par la couronne : le secrétaire colonial, cheville ouvrière du système, avec des compétences très variées, administration civile, police, assistance publique, enregistrement, postes et télégraphes, travaux publics, domaine, agriculture, santé, affaires indigènes, éducation et défense ; le trésorier-général ; l’auditeur-général des comptes ; le procureur-général, directeur de la justice ; le collecteur des douanes ; ce n’était pas un ministère à portefeuilles équilibrés, mais une réunion de chefs de services, dont un factotum. Ce n’était pas davantage un cabinet politique. Les membres du conseil exécutif avaient le droit de siéger au parlement et d’y défendre leurs actes, à l’exception pourtant du collecteur des douanes ; ils ne pouvaient pas y voter. Bref, les ministres de Napoléon III avant l’évolution libérale du second empire. Cela présageait un couronnement de l’édifice, avec pas mal de désagrémens d’abord.

Pour récolter l’économie, on semait le séparatisme. Nous allons voir fonctionner cette lourde machine jusqu’au jour où les colons, las d’une ombre de régime parlementaire, en saisirent la proie.

Le trait curieux de cette histoire, c’est qu’eux-mêmes n’avaient