Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/566

Cette page n’a pas encore été corrigée


tentative vaine ; on la jugeait, avec raison, dangereuse. Le parlement colonial refusa net d’adhérer à ce projet condamné d’avance. Bientôt après, une élection présidentielle eut lieu dans le Transvaal, et le choix populaire tomba sur un personnage tout disposé à seconder les plans venus de Londres ; c’était M. Burgers, pasteur de l’église hollandaise du Cap, libéral, imbu de culture européenne, admirateur convaincu de l’Angleterre, de son génie national, de ses institutions, de sa littérature, mort, du reste, avec une pension du trésor anglais. Il ressemblait aux afrikandéristes d’aujourd’hui et cependant il différait d’eux. Lui aussi rêvait millenium ; mais il commit la faute de le dire dans un banquet, à côté d’un gouverneur britannique. C’est en comptant sur cet allié que le cabinet Beaconsfield reprit en sous-œuvre son essai de fédération sud-africaine, abandonné deux ou trois ans plus tôt. Cela finit comme cela devait finir, par la mise en demeure : « Fédère-toi, ou je t’annexe. » Le Cap avait découragé M. Froude ; mais il avait donné au Transvaal M. Burgers. Dans l’indignation de leur révolte, dans l’ivresse de leur triomphe, les Hollandais du Nord oublièrent la résistance de leurs païens du Midi au plan de Dominion ; ils se rappelèrent qu’un Hollandais du Sud les avait livrés à la Grande-Bretagne, en protestant pour la forme et en acceptant de l’argent. Ce fut le germe d’une incurable défiance. Plus tard, l’Angleterre s’empara cavalièrement du territoire où l’on avait trouvé des mines de diamans et qui revenait de plein droit à l’État libre de l’Orange ; la colonie du Cap bénéficia de ce coup de force, mauvaise note aux yeux des républiques. Tout ceci nous explique comme quoi l’afrikandérisme, celui de Paarl et celui de Cape-Town, fut froidement accueilli au-delà du Vaal. La découverte de mines d’or dans cette même région transvaalienne a surexcité, depuis, les ambitions politiques du gouvernement qui réside à Pretoria, chef-lieu de la contrée. Il s’est cru assez riche pour n’avoir plus autant besoin des sympathies d’alentour. Profonde erreur : cette richesse, même mieux assurée, serait le commencement du péril. Vinrent aussi les sirènes allemandes, redoutées par le Cap, écoutées et sollicitées par le Transvaal. Il ne manquait plus que cela pour faire dire qu’il n’y a pas d’évangile de la fraternité sud-africaine et que, s’il y en avait un, ce serait comme dans saint Matthieu, en divisant « le fils et le père, la fille et la mère, la belle-mère et la bru. » Non-seulement la république du Nord a repoussé toutes les propositions d’union douanière qui lui ont été faites par les colonies et l’État libre conjointement ; elle s’est jetée dans les bras de la finance berlinoise ; elle a flatté avec affectation les jalousies commerciales de la Natalie, qui