Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/563

Cette page n’a pas encore été corrigée


injurieux. M. du Toit, pasteur à Paarl, dans les environs de Cape-Town, créa la « Société des vrais Africains » (Genootskap van regte Afrikaners). Puis, en 1879, il organisa la « Ligue des Africains » (Afrikaner Bond). Ce nom, évidemment, n’avait aucune chance de vivre : il manquait d’originalité. Africains, les Hollandais du Sud-Afrique ne le sont pas davantage que les Franco-Algériens, sans parler de toutes les populations quelconques du continent noir. Trop large d’une manière, il semblait trop étroit de l’autre, surtout avec l’adjectif qu’on y avait accolé d’abord. Si les « vrais » Afrikaners étaient ceux de race hollandaise, il s’ensuivait que leurs concitoyens de souche anglaise, écossaise, irlandaise ou allemande, souvent aussi africanisés que les arrière-neveux des colons venus de Hollande, formaient une classe d’étrangers. Ceci amena dans les idées un changement de direction, et, du jour où le programme du parti national vint à s’élargir, tout en se précisant, il se fit un retour assez curieux vers le mot jadis dédaigné, qui offrait le double avantage d’une élasticité plus grande et d’un cachet à part. L’initiateur de ce mouvement fut M. Hofmeyr, publiciste de Cape-Town, fondateur d’une société d’agriculture à tendances politiques, « l’Association des fermiers » (Boeren vereeniging). Dans le cours de l’année 1883, ce groupe absorba l’autre et devint l’Afrikaander Bond, « Ligue des Afrikanders. » C’est ainsi qu’un sobriquet, dépouillé de son acception primordiale, aspire dorénavant à l’honneur de qualifier une nation en train de se faire.

Nous appelons afrikandérisme la doctrine politique de l’Afrikander Bond, auquel volontiers nous ferons grâce de son deuxième a. C’est d’ailleurs celle du Cap, car cette ligue a su en peu de temps s’emparer de l’influence dans les chambres locales et dans le gouvernement du pays. En voici les principes essentiels d’après la profession de foi du parti en majorité dans les congrès annuels de la ligue.

L’objet qu’on se propose est l’unité sud-africaine. Mais qu’est-ce que le Sud-Afrique et où finit-il ? Cela reste dans le vague. On paraît entendre par cette expression tout le vaste triangle dessiné à l’ouest par l’Océan-Atlantique, à l’est par l’Océan-Indien, au nord par le Zambèze. Or, il y a là deux possessions britanniques, le Cap et la Natalie, deux républiques, l’État libre de l’Orange et le Transvaal, divers protectorats, enfin, ce qui complique le problème, une côte portugaise et une côte allemande.

Comment, se dit-on, des États qui tiennent sans doute à leur indépendance pourraient-ils s’unir avec des colonies anglaises dont l’une, la Natalie, ne jouit même pas comme le Cap d’une parfaite autonomie administrative, bien qu’elle possède aussi un parlement ?