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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/548

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cœur et de bon courage, » on s’apprête à combattre, « à frapper sur l’ennemi, pour l’honneur du très redouté prince, Monsieur le Duc, de telle façon qu’on puisse vigoureusement obtenir la victoire. »

Voilà une stratégie peu compliquée. Trouvez mieux ! La tactique navale n’est pas née d’hier. On dirait, à la prendre à ses débuts, qu’elle pressentait déjà l’avènement de la marine à vapeur. Je serais tenté de la soupçonner, pour ma part, d’avoir voulu travailler bien moins pour l’heure présente que pour l’avenir. Qui eût pu croire, en 1438, que l’art de la guerre ne ferait tant de progrès, dans le long espace de trois siècles, que pour aboutir aux évolutions stériles dont nous subissons encore le joug ? Henri van Borselen ne s’y reconnaîtrait plus. « Que nul patron, dit-il, ne songe à quitter le combat et à enfreindre les ordres ! Il y va pour lui de la vie. » Le même sort attend « les contremaîtres, les conseillers, le peron, les jurati, les timoniers et les cubiers » qui manqueraient à leur devoir.

De Thémistocle au comte de Grampré, en passant par les Byzantins, la tactique, on le voit, ne s’est guère modifiée ; elle s’est seulement adaptée aux nécessités de la navigation à voiles. On assemblera commissions sur commissions, on publiera des volumes, on ne changera pas grand’chose aux principes de la guerre d’escadres. Si complet qu’on s’applique à faire le code des signaux, on n’arrivera jamais à rendre le signal assez instantané pour qu’il puisse intervenir pendant le combat : jamais il ne vaudra « le bon exemple. »

Après avoir tenu pendant quelques jours la mer, le comte de Borselen finit par rencontrer l’ennemi. Sa victoire fut complète. Les vaisseaux du comte de Warwick, — ceux du moins qui ne furent ni pris ni coulés, — rentrèrent dans leurs ports et n’en sortirent plus. Il n’avait fallu qu’un jour bien employé pour rendre au commerce néerlandais la sécurité et la confiance.

Ce commerce, — on le sait, — était considérable : il ne représentait cependant qu’à demi les profits que les Pays-Bas tiraient de la mer. La pêche était une source de richesse aussi considérable, au moins, que le transport des marchandises. Du jour où Guillaume Beukelsz, né à Biervliet en 1347, eut, vers la fin du XIVe siècle, découvert l’opération du caquage, c’est-à-dire assuré la conservation du hareng en lui enlevant les ouïes, près de 1,500 buses, plus de 20,000 hommes furent, chaque année, employés à la pêche et à la préparation du poisson. Le poisson était devenu, pour des populations astreintes aux austérités du carême, un objet de première nécessité. Avant d’être « les rouliers de la mer, » les Hollandais en ont donc été les laboureurs. Ils ont traîné leurs filets