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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/542

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S’il est un pays où il soit facile au lecteur de s’égarer, c’est assurément ce pays hérissé de places fortes dans lequel la guerre se transporte incessamment du raidi au nord, de l’Orient à l’Occident, des frontières de la France aux bords du Zuyderzée, des frontières de l’Allemagne à la mer. Nous avons déjà suivi les armées d’Albe et les armées d’Orange du duché de Luxembourg au Hainaut, du Hainaut au Brabant, du Brabant dans les Flandres. Par les Flandres on touche à cet océan qu’étreignent les Pays-Bas et l’Angleterre, à cet océan sur lequel, de l’année 1(553 à l’année 1692, l’Angleterre, les Pays-Bas et la France se disputeront la suprématie maritime. Longez, en remontant toujours vers le nord, les bords de cette arène si bien préparée pour les naumachies sanglantes, franchissez la bouche occidentale de l’Escaut, poursuivez, de détroit en détroit, votre roule vers le nord-est, vous pénétrerez bientôt au sein du labyrinthe formé par les îles dont se compose la Zélande. Walcheren, l’île Beveland du Sud et l’île Beveland du Nord défilent rapidement devant vous; une branche de l’Escaut, la branche orientale, un instant vous arrête. Passez outre : au-delà, vous rencontrerez sur voire chemin les îles de Schouwen, de Tholeu, d’Overflakkee, de Voonie. Vous atteignez enfin l’embouchure de la Meuse : la rive septentrionale de la Meuse est le commencement de la Hollande. Entre Botterdam et Amsterdam, cette province, dont le nom s’est imposé au reste du pays, fait corps avec le territoire d’Utrecht; d’Amsterdam à la pointe du Helder, elle n’est plus qu’une étroite langue de terre bornée d’un côté par la Mer du Nord, de l’autre par le Zuyderzée.

Nous avons déjà dit que le Zuyderzée, par une longue série d’empiétemens, sépara jadis la Hollande de la Gueldre, de l’Overyssel, de la Drenthe, de la Frise et de Groningue. Ces cinq provinces pourraient s’appeler les provinces continentales par opposition à la Flandre, à la Zélande et à la Hollande, qui sont les provinces maritimes.

Voilà donc l’arène où, depuis trois ans, les armées de Philippe et les armées d’Orange ne cessent de se mesurer. Le théâtre de la guerre maritime n’a pas moins besoin d’être décrit. Rarement, les flottes ont rencontré terrain plus ardu et plus difficile.

La longue vallée sous-marine que contiennent entre leurs contre-escarpes de granit la Norvège et l’Écosse se présente, quand on vient du nord, sous la forme d’un bassin de cent lieues environ de largeur. La profondeur moyenne y est rarement inférieure à 300 mètres. Le fond s’élève graduellement au fur et à mesure que le bassin se resserre. De la hauteur du Texel à la hauteur de Calais, dans toute l’étendue de cette poche, qui conserve encore une largeur de quarante lieues marines à son ouverture et qui n’en aura plus