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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/471

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




14 novembre.

Que se passe-t-il donc depuis peu de temps ? Est-ce que les beaux jours de Cronstadt, des manœuvres de l’Est et des voyages, ministériels ne seraient plus qu’un souvenir déjà effacé ? On dirait en vérité que tout a changé rapidement dans notre monde parlementaire, que l’atmosphère publique se charge et que nous revenons encore une fois à un de ces momens où il faut s’attendre à de l’imprévu, aux confusions et aux crises de pouvoir.

Cette session d’hiver cependant avait commencé assez paisiblement. Rien ne faisait présager de bien graves difficultés. On était entré sans émotion apparente et sans trouble dans la discussion du budget. Il y avait eu tout au plus une escarmouche à propos des pèlerinages français à Rome et de l’ambassade au Vatican ; ce n’était qu’une escarmouche sans péril pour M. le ministre des affaires étrangères, — et les crédits des cultes eux-mêmes avaient passé sans contestation, sans débat. Mais quoi ! cela allait-il durer ainsi ? Discuter le budget pour le budget, s’occuper des affaires sérieuses du pays, pouvait-on s’en tenir là sans reprendre les vieilles querelles, sans essayer de mettre à mal pour le moins quelques ministres ? L’esprit de guerre s’est réveillé au camp du radicalisme, — et M. Clemenceau lui-même s’est cru obligé de rentrer en campagne pour ne pas être devancé ou éclipsé par les agités de son parti. Un jour c’est M. le ministre de la justice, et avec lui M. le président du conseil en personne, qu’on a pris à partie, parce qu’ils ne se sont pas hâtés de mettre en liberté un socialiste condamné par le jury, devenu candidat à la députation. Un autre jour, c’est une proposition sur la séparation de l’Église et de l’État qu’on a essayé d’introduire par surprise pour embarrasser le gouvernement. Hier encore, c’était M. le ministre des finances qui