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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/466

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des provinces du Yun-Nan, du Quang-Si et du Quang-Ton, l’autorité des fonctionnaires du Céleste-Empire est généralement méconnue et la rentrée des impôts ne s’y effectue qu’avec l’appui de la troupe.

Aussi, en dehors des environs des grandes villes, des places et des camps chinois qui, pour la plupart, sont réduits à des garnisons de faible effectif, la piraterie y règne en souveraine.

A l’exception du général chinois Sô, qui, sur la frontière de Lang-son, s’oppose par tous les moyens en son pouvoir à la formation des bandes et à leur entrée sur notre territoire, les mandarins nous sont ou hostiles, et dans ce cas, favorisent ouvertement les agissemens et les incursions des pirates, ou bien ils sont impuissans à y maintenir le bon ordre.

La Chine est au demeurant, et sans doute pour longtemps encore, dans l’impossibilité de réprimer complètement, conformément aux obligations qui lui sont imposées par l’article premier du traité du 9 juin 1885, la piraterie dans toute la zone frontière.

C’est cependant dans la stricte exécution de ces clauses que nous paraît résider, en très grande partie, la solution du problème de la pacification des hautes régions du Tonkin et même du delta. Cette dernière à notre avis marcherait, à grands pas, si l’on obtenait une intervention plus intensive, si cela était possible, plus sympathique surtout du gouvernement chinois sur ses frontières, par une augmentation de ses forces, par un choix de fonctionnaires qui recevraient la mission formelle et les moyens : 1° d’empêcher l’organisation et la formation des bandes ; 2° d’interdire la vente, sur les marchés de la frontière, d’armes et de munitions importées de la côte ; de femmes et d’enfans de provenance du Tonkin.

En complétant ces mesures par la suppression, dans notre colonie, de la ferme d’opium, cause principale de la contrebande ; par une action lente et méthodique contre les bandes, de notre armée régulière, secondée par les populations ; par l’occupation de quelques points, au cœur des parties les plus troublées de nos hautes régions, on pourrait espérer voir enfin se lever cette ère de pacification et de tranquillité si attendue et sans laquelle notre protectorat ne peut nous réserver que des déboires et nous occasionner que des sacrifices d’hommes et d’argent sans cesse renouvelés.

Indépendamment de ces mesures, qui sont plus particulièrement relatives à la répression de la piraterie, on nous permettra, puisque l’occasion s’en offre à nous, d’en indiquer de plus générales qui tendraient, si elles étaient mises résolument en vigueur, à la pacification entière du Tonkin et à l’établissement définitif de notre