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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/457

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nombreux et se trouvaient tous reliés par des communications télégraphiques ; l’action de ceux de nos postes placés sur la ligne de retraite des pirates, prévenus rapidement, pourrait alors s’exercer en temps utile et d’une manière efficace.

La bande a regagné son repaire où l’attendent le doux far niente et les jouissances de l’opium ; le partage du butin s’accomplit ; une rançon et un délai sont fixés pour le rachat des hommes qui sont gardés comme prisonniers : ce délai expiré, ceux-ci sont impitoyablement massacrés. Quant aux femmes, en attendant que des convois les conduisent à la frontière de Chine, pour y être vendues, elles sont l’objet, selon le récit fait par nombre d’entre elles délivrées par nos détachemens, des traitemens les plus odieux de la part des pirates qui n’ont d’autre frein à la satisfaction de leurs caprices et de leurs appétits bestiaux que la crainte de diminuer la valeur de la marchandise qu’elles représentent.

Ainsi que nous en avons déjà fait la remarque, les pirates annamites ou chinois cherchent à voiler leurs méfaits du couvert des plus nobles sentimens : le patriotisme. Avant notre occupation, ils s’enrôlaient volontiers sous la bannière du premier prétendant venu au trône d’Annam ; et c’était en son nom que les chefs pirates adressaient leur proclamation aux populations et exerçaient leurs réquisitions. De nos jours, c’est le nom de Ham-Nghi qu’ils invoquent, l’ex-roi d’Annam exilé en Algérie et qui reste à leurs yeux le roi légitime. Aussi, toute proclamation est-elle datée du règne de Ham-Nghi. Elle débute, d’ordinaire, par un petit résumé historique des événemens qui ont amené l’occupation française ; résumé qui est rédigé bien entendu selon les besoins de la cause, et qui nous représente invariablement comme des barbares, comme des pirates qui ont imposé et qui maintiennent leur domination par la violence, au mépris des droits sacrés de l’indépendance nationale. Elle se termine par une déclaration d’attachement au roi, aux mœurs et aux institutions léguées par les ancêtres, et par un appel aux armes pour chasser du sol l’étranger.

En réalité, quoique les pirates, en prenant le titre de rebelles, aient surtout pour but de chercher à faire mieux accepter par les habitans les sacrifices qu’ils leur imposent, corvées, contributions en argent et en nature ; d’entretenir parmi les plus crédules un esprit permanent d’hostilité contre les Français et contre ceux qui les servent ; de s’assurer la connivence ou la complicité des villages, sans le concours desquels leurs expéditions seraient souvent exposées à des insuccès ; en un mot, de gagner entièrement les populations à leur cause, il serait toutefois puéril de nier que toutes ces