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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/435

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quartier-général depuis le commencement des opérations et dont le concours énergique lui était tout acquis ; en même temps il ordonnait à l’un de ses lieutenans d’aller, à la tête d’un fort détachement, hâter la soumission de Santiago,

Elle lui parvenait le même jour, devançant sa sommation. Non plus à Santiago qu’à Valparaiso, on n’eût trouvé un partisan ou un défenseur de Balmaceda ; il semblait que la victoire de Canto eût délié toutes les langues et que le vaincu n’eût que des ennemis dans les deux grandes villes qui avaient suivi sa fortune et soutenu son pouvoir. Quand l’armée de Canto entra en bon ordre dans Valparaiso, toutes les fenêtres étaient pavoisées, les fleurs pleuvaient sous les pas des soldats, les vivats éclataient frénétiques, saluant l’ennemi d’hier, le libérateur d’aujourd’hui. Seul, dans ce désarroi général, un homme resta fidèle à la cause trahie par la fortune. Sommé de rendre son navire, l’Almirante Lynch, à la flotte congressiste, le capitaine Alberto Fuentes s’y refusa et ouvrit le feu sur ses adversaires ; mais hors d’état de résister à des forces supérieures, il dut, pour sauver son équipage, amener son pavillon.

Si l’ordre régnait à Valparaiso sous la rude main de Canto, il n’en était pas de même à Santiago. La populace se soulevait en apprenant la chute de Balmaceda, et, sous prétexte de rechercher le président qu’elle voulait mettre à mort, d’intimider les balmacedistes qui n’avaient garde de se montrer, et de déjouer leurs prétendus essais de résistance, elle organisait le pillage, débutant par le palais de Balmaceda mis à sac, puis incendié ; elle se portait ensuite à la résidence de sa mère, à celle du général Barboza, aux bureaux des journaux officiels et aux hôtels des hauts fonctionnaires, enlevant tout ce qui s’y trouvait, puis mettant le feu. Les lueurs de l’incendie enveloppaient la malheureuse capitale. Dans ce danger pressant, l’intervention du général Baquedano la sauva. Il ne fallait rien moins que la terreur salutaire qu’inspirait le vainqueur de Los Angeles, de Tacna, d’Arica, de Chorillos et de Lima pour arrêter les excès d’une populace livrée à elle-même. Une répression vigoureuse, suivie de quelques exécutions sommaires, eut raison de ce brutal soulèvement.

A Iquique, où siégeait la junte congressiste, la joie fut grande quand on apprit l’éclatant succès de Canto, la prise de Valparaiso, la soumission de Santiago, le désastre de Balmaceda et de ses adhérens. La junte décida de se transporter à Valparaiso et s’embarqua sur le vapeur Arequipa.

On croyait Balmaceda en fuite ; les uns affirmaient qu’il cherchait, avec une troupe de fidèles, à franchir les Andes et à gagner la