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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/422

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programme développé par M. Blaine, secrétaire d’État, devant le congrès des trois Amériques, en se posant comme médiateur et pacificateur. M. Egan, ministre des États-Unis à Santiago, et qui devait cette position aux services électoraux par lui rendus à MM. Harrison et Blaine dans la campagne présidentielle, fut chargé de ce rôle difficile. Il avait su se maintenir en bons termes avec le gouvernement de Balmaceda sans toutefois s’aliéner les sympathies des congressistes, dont son opportune et discrète intervention avait soustrait quelques-uns des hommes en vue aux vengeances de leurs adversaires. Il n’eut garde cependant de prendre l’initiative d’une offre de médiation, dont il laissa la responsabilité aux ministres d’Angleterre et d’Allemagne. Celle-ci fut courtoisement écartée par le gouvernement de Santiago, qui, tout en se déclarant peu favorable à des négociations dont le résultat lui semblait très douteux, ajouta qu’il ne pourrait accepter que la médiation des représentans des trois grandes républiques : celle des États-Unis, de la France et du Brésil.

Secrètement avisé de cette réponse, M. Egan, assisté de ses deux collègues, offrit alors ses bons offices et obtint des sauf-conduits pour les délégués du parti congressiste. Nantis des propositions de la junte, formulées en termes modérés, mais fermes, les trois ministres eurent une première conférence avec Balmaceda qui leur demanda de lui donner connaissance de la note de ses adversaires. Ils s’y refusèrent, invitant le président à leur remettre, sous la même forme, ses propositions d’arrangement. Ils se réservaient alors de comparer les deux notes, d’en dégager les points d’entente et de rechercher un terrain de transaction. Balmaceda demanda quelques heures de réflexion et leur donna rendez-vous pour l’après-midi à cinq heures du soir à la Moneda, le palais du gouvernement. Quand ils s’y rendirent, ils trouvèrent le palais assiégé par une foule tumultueuse. Un incident, encore inexpliqué, s’était produit dans l’intervalle. Il paraît qu’au moment où M. Godoy, l’un des membres du cabinet, se rendait auprès du président, deux hommes, bien montés et la tête couverte de larges sombreros qui cachaient leur visage, stationnaient dans la cour du palais. En reconnaissant le ministre et son escorte, ils lancèrent deux bombes dont une seule éclata sans blesser personne, puis, éperonnant leurs montures, ils prirent la fuite. Cette tentative d’assassinat avait causé une impression profonde. M. Godoy avait lancé des cavaliers à la poursuite des assassins, mais toutes les recherches avaient été vaines. Sur l’ordre du président, le ministre des affaires étrangères signifiait aux médiateurs que les négociations étaient rompues, et, ce qui était plus grave, que les sauf-conduits devenaient