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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/409

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considérables ont été introduites dans les services sanitaire et pénitentiaire comme dans celui de l’enseignement. Si l’on tient compte des difficultés toutes particulières qui ont entouré l’œuvre de la réforme, les progrès accomplis à l’heure actuelle sont, à mes yeux, aussi grands qu’il était raisonnablement permis de l’espérer. »

Devant cette lumineuse démonstration, on se persuade que l’heure de l’évacuation a sonné, que sir Ev. Baring va la réclamer instamment du cabinet de Londres. On s’abuse. « Je n’ai jamais été, écrit-il en finissant, partisan d’une occupation anglaise en Egypte, Votre Excellence ne l’ignore pas… Si, en ce moment, l’évacuation du pays me paraissait une mesure n’entraînant aucun des périls que doit éviter un gouvernement sage, je n’hésiterais pas à la conseiller, mais je suis convaincu qu’elle présenterait de sérieux dangers, et dès lors je me sens incapable de la recommander. » De quelle nature sont ces dangers ? Il ne le laisse même pas pressentir. Il aurait dû, semble-t-il, en signaler et le caractère et la gravité pour justifier l’avis qu’il émet ; cet avis a son importance, il engage sa responsabilité en incitant le gouvernement de sa souveraine à violer ses promesses, comme le disait M. John Morley ; il importait donc d’articuler les bonnes et solides raisons qui le lui ont imposé. Cette omission surprend de la part d’un administrateur d’un vrai mérite, à l’intelligente activité duquel l’Egypte doit, dans une certaine mesure, son rapide et brillant relèvement, et dont les appréciations exercent nécessairement une grande influence sur la conduite du gouvernement qu’il sert. Il était d’autant plus tenu de s’expliquer que sa conclusion ne se concilie pas avec ses prémisses. Tout ce qu’il se permet de dire à ce sujet, « c’est que les résultats obtenus seraient probablement annihilés si l’œuvre entreprise était prématurément abandonnée. » C’est la seule considération qui se dégage de son travail et que l’on puisse invoquer pour défendre la résolution qu’il suggère.

Nous avons dû nous arrêter sur ces documens parce que, d’une part, on ne saurait en contester l’autorité, et que, de l’autre, ils autorisent à penser que la présence de l’armée anglaise en Egypte est, dès ce moment, injustifiable et illégitime. Toutes les réformes nécessaires ont été entreprises et élaborées : nous en avons relevé et nous en retenons l’aveu ; la situation financière est excellente ; l’armée est organisée et suffisante. L’Angleterre a donc rempli sa tâche. Mais « ces réformes, a écrit encore sir E. Baring, sont comme de jeunes plantes qui n’ont pas encore eu le temps de prendre racine. » Or, s’il a fallu près de dix ans pour les mettre en une si bonne terre, dirons-nous pour continuer son image, quelle