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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/401

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pour nous. A l’origine de cette longue discussion, il avait répondu à lord Lyons qui lui demandait son avis : « Mon avis est bien simple : le gouvernement anglais prétend que le système actuel de contrôle présente des inconvéniens qu’il ne précise pas, et, pour les éviter, il propose qu’un agent anglais fasse seul ce que font actuellement deux agens, l’un Français, l’autre Anglais, voilà tout. La conclusion est d’une telle évidence qu’il me paraît superflu de la formuler. C’est aussi ce qui me donne lieu de penser que le gouvernement anglais, lié comme il l’est par les contrats, par le protocole de désintéressement, par la déclaration réitérée de ses ministres, de ses agens diplomatiques, ne persistera pas à la maintenir. »

M. Duclerc présumait trop de la modération et de la justice du cabinet de Londres. Dans une dépêche du 30 octobre, lord Granville maintenait sa proposition, et voici comment il prétendait en justifier l’opportunité et la convenance : « M. Duclerc paraît supposer qu’il n’existe aucune différence essentielle entre les fonctions du nouveau conseiller financier et celles des deux contrôleurs-généraux. Cette vue me paraît erronée. L’arrangement que nous proposons n’est que pour un temps limité et ne constitue nullement un contrôle dans le sens anglais du mot. — Nous désirons exclure du nouvel emploi toute influence politique. Le choix des deux contrôleurs-généraux et leur maintien en fonctions dépendaient de deux gouvernemens étrangers. Pour ce qui concerne le nouveau fonctionnaire, ces facultés dépendront de l’action du khédive. — La présence des contrôleurs-généraux aux conseils du cabinet était uniforme et de droit ; la présence du nouveau fonctionnaire serait pro re nata et aurait lieu sur l’invitation du chef de l’État. » Ce long sophisme ne saurait supporter un instant la contradiction ; dépouillé de tout artifice de langage, il devient la plus claire démonstration des vues intéressées du gouvernement britannique. Les deux contrôleurs n’étaient eux-mêmes, en effet, que des conseillers ; ils assistaient aux réunions des ministres et ils donnaient leur avis sans prendre part aux résolutions qui émanaient exclusivement des membres du cabinet, lesquels en assumaient seuls toute la responsabilité. Quel que dût être son titre, l’unique et nouveau délégué en conservait toutes les attributions avec cette différence que sa voix, consultative jusque-là, deviendrait prépondérante par la force même des choses. Il devait être Anglais, avouait lord Granville, c’est-à-dire l’organe de la puissance qui tenait l’Egypte et le khédive sous sa domination armée ; ce n’était donc plus des avis, mais des ordres qu’il avait désormais à transmettre aux ministres, sans que son collègue éliminé et disparu pût en connaître.