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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/400

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des affaires étrangères du khédive remit à notre consul-général une note par laquelle il soumettait « à la haute appréciation du gouvernement de la République l’opportunité de renoncer à une institution dont le maintien ne saurait être justifié et qui n’a plus sa raison d’être. » Cette proposition était fondée sur des argumens empruntés à la manière de voir de l’Angleterre, et la démarche du ministre égyptien ne modifia pas l’état du débat. Pour résilier la convention intervenue entre les trois puissances, il ne suffisait pas, en effet, de l’accord de deux d’entre elles, il fallait l’assentiment de la troisième, et la France persistait à le refuser. Que fit-on alors ? On prit, à Londres, le parti d’associer le gouvernement égyptien à l’expédient qu’on avait conçu, dès le premier jour, pour arrêter le fonctionnement du contrôle, pour le supprimer en fait en le laissant subsister en droit.

Les contrôleurs recevaient copie de l’ordre du jour toutes les fois que le conseil des ministres devait s’assembler. La communication de ce document tenait lieu de convocation. M. Bredil, le contrôleur français, ayant vainement attendu que son collègue consentit à reprendre, simultanément avec lui, leurs attributions communes, fit savoir au président du cabinet égyptien, conformément aux instructions de M. Duclerc, qu’il était autorisé à continuer le mandat qui lui était confié. On lui adressa l’ordre du jour du prochain conseil en y ajoutant ce correctif : pour information. Il provoqua aussitôt des explications, et le premier ministre du khédive lui répondit, le 5 novembre : M Avant le retour de votre collègue anglais, M. l’agent et consul-général d’Angleterre m’avait informé que sir A. Colvin ne reprendrait pas ses fonctions. En effet, sir A. Colvin s’est abstenu, depuis sa rentrée au Caire, d’assister aux séances du conseil des ministres et d’exercer ses fonctions de contrôleur-général. Je me vois donc obligé, à cause du caractère essentiellement solidaire des fonctions de contrôleurs-généraux, de m’abstenir de vous inviter à prendre part aux séances du conseil des ministres, alors que votre collègue n’y assiste pas. » Le contrôle avait cessé d’exister pendant que lord Granville et M. Duclerc continuaient une controverse désormais sans objet.

Nous aimons à rendre à M. Duclerc la justice qui lui est due. Il a défendu avec une noble fermeté, et dans une juste mesure, la situation que nous avions en Egypte. S’il n’a pu sauver nos droits d’une atteinte inqualifiable, il a fièrement sauvé la dignité de la France. Aux euphémismes qui avaient la prétention d’être des argumens, présentés par lord Granville, il a opposé, durant deux mois, une lucide démonstration de la validité de nos privilèges, se fondant sur les règles les plus élémentaires du droit public, sur l’invariable cordialité de nos procédés, si différens de ceux qu’on avait