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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/396

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eu à compter avec nous, à moins qu’on ne prétende qu’il se proposait de nous attirer sur les bords du Nil ou du canal avec la perfide intention de nous en expulser, sans craindre de nous infliger la plus mortelle des injures. Ce qui est constant, c’est que du moment où la France a décliné ses dernières ouvertures, dès qu’il s’est vu dans la nécessité d’assumer seul la responsabilité de ses actes, de poursuivre sa tâche sans notre participation, il s’y est employé, bien décidé à recueillir, sans les partager, les fruits des sacrifices qu’il s’imposait. Pendant qu’il s’y préparait, son habile ambassadeur à Constantinople, lord Dufferin, parvenait, en exigeant des garanties, à entraver la coopération de l’armée turque dont on ne voulait à aucun prix, se montrant d’ailleurs, au sein de la conférence, plein d’un respect profond pour les droits des puissances qui y étaient représentées. On ajoutait ainsi, sans aboutir, protocole sur protocole, pendant que les événemens devenaient de plus en plus imminens en Egypte.

De son côté, le chef du cabinet, M. Gladstone, dans la discussion qui avait précédé le vote des crédits demandés pour cette guerre imprévue, avait pris soin de prévenir tous les soupçons et de dégager ainsi le ministère de toute compromission prématurée. « La Grande-Bretagne, avait-il dit, n’a aucune visée ambitieuse (selfish views) ; elle envoie des troupes en Egypte pour y rétablir l’ordre et rendre au khédive l’autorité qu’il a perdue ; elle a l’intention formelle de soumettre au concert européen le règlement définitif de la question égyptienne. » Ce langage était commandé, en ce moment, par le protocole de désintéressement, stipulant que les puissances s’interdisaient tout avantage particulier. Cet engagement si formel, le principal secrétaire d’État le renouvelait spontanément, le 2 août, après l’occupation d’Alexandrie, et quand l’Angleterre n’en était encore qu’au début de son entreprise. « Le gouvernement de la reine, déclarait-il dans une note que lord Dufferin communiqua aux plénipotentiaires, a l’honneur de faire connaître à la conférence que, une fois le but militaire visé atteint, il réclamera le concours des puissances pour les mesures à prendre en vue du futur et bon gouvernement de l’Egypte. » Mais déjà, notons-le, la presse anglaise de toutes les nuances, pendant que le gouvernement affirmait ses intentions conciliantes, revendiquait un droit de protectorat à titre de légitime compensation. Peu de jours après, le premier ministre, cependant, réitérait la déclaration que l’Angleterre n’avait pas l’intention d’occuper l’Egypte indéfiniment, et il s’exprimait dans des termes qui ne comportaient ni doute ni ambiguïté. Il y ajoutait cependant un correctif. « Ce n’est pas, disait-il, que je désapprouve l’honorable préopinant (l’orateur qui l’avait interpellé), lorsqu’il est d’avis qu’après tout ce qui a eu