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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/393

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puissance exécutive, avec le contrôle qui reste invariablement acquis à la puissance législative, double condition indispensable à l’équilibre et à la juste pondération des volontés et des pouvoirs. Sous un régime de libre discussion, bien ordonné, les ministres, pour remplir le mandat qui leur est dévolu, prennent et gardent la libre initiative de leurs actes en éclairant le parlement, dont ils ne cessent pas toutefois de relever ; le jeu des institutions est faussé, les rôles se trouvent intervertis, dès que l’impulsion passe des mains des gouvernans entre celles d’une assemblée. Assurément, cette règle n’est pas absolue ; il est des résolutions dernières qui exigent l’accord de tous les pouvoirs ; mais comment concevoir un gouvernement dépourvu de liberté, dont toutes les démarches doivent être autorisées par l’autorité législative ? Le cabinet anglais, jugeant que cette démonstration lui était commandée par la nécessité de relever le prestige du drapeau britannique, a pris sur lui d’ordonner le bombardement des forts d’Alexandrie sans consulter la chambre des communes ; le cabinet français a refusé d’y participer sans l’assentiment de la chambre des députés. Cet acte de soumission lui a-t-il conquis la majorité, et ne l’eût-il au contraire vaincue et entraînée si notre escadre s’était unie à celle de l’Angleterre ? Qui aurait osé le désavouer, qui aurait voulu seulement le blâmer, pendant que nos marins combattaient à côté de ceux de la Grande-Bretagne, pour châtier une soldatesque qui n’avait respecté ni la vie ni le patrimoine de nos nationaux ? N’aurait-il pas ainsi noué entre les deux pays des liens nouveaux, une entente effective et fructueuse qui aurait donné au cours des choses une heureuse direction ? La question d’Egypte n’aurait-elle pas été résolue, par cette intervention commune et en quelque sorte fortuite, à notre entière satisfaction ?

Rien n’est moins certain, dira-t-on, et on prétendra peut-être que de l’occupation simultanée devaient ou pouvaient surgir des froissemens, sinon des complications également redoutables. Nous ne le croyons pas, et ce qui nous porte à penser ainsi, c’est que depuis plusieurs années, depuis les premières difficultés, la France et l’Angleterre avaient exercé, en un parfait et constant accord, une influence similaire en Egypte, et que, loin de nuire à leurs relations, elle avait, au contraire, sensiblement contribué à les resserrer. Que voulaient-elles d’ailleurs l’une et l’autre ? Maintenir le statu quo consacré par leur concours et celui de toutes les grandes puissances ; elles n’étaient donc, ou elles n’avaient été sollicitées, jusqu’à ce moment, par aucune vue particulière et ambitieuse pouvant les séparer ou donner ombrage à l’Europe et l’indisposer. A Paris comme à Londres, à Londres surtout, on aurait compris que l’entreprise devait être rapidement menée et avoir une fin prochaine. On se serait, par conséquent, employé, de part et d’autre,