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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/955

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II y a peu de jours, M. le ministre des affaires étrangères, consta tant sans emphase la rentrée de la France dans les conseils de l’Europe, s’est exprimé avec une parfaite mesure ; il a vu dans ces derniers événemens heureux pour notre pays le prix de longs efforts d’une patiente prudence, et il s’est empresse de déclarer que si la France a reconquis le droit de « pratiquer la paix avec la dignité, » elle était plus que jamais disposée à persévérer dans une politique qui lui a valu l’estime des nations et les plus puissantes sympathies. Ces jours derniers encore, à Marseille, M. le président du conseil a caractérisé la situation nouvelle avec autant de finesse que de tact en disant : u La paix n’est plus seulement dans les mains des autres, elle est aussi dans les nôtres et n’en est par suite que mieux assurée… » Il a même ajouté, peut-être avec un peu d’optimisme, que « jamais le travail et les entreprises lointaines n’avaient eu devant eux un horizon plus vaste, plus dégage de nuages. » Chose plus significative encore ! après les dernières boutades par trop soldatesques de l’empereur Guillaume, le chancelier d’Allemagne, M. de Caprivi, a saisi une occasion récente de tout réparer. Il n’a point hésité à déclarer, dans un jubilé militaire, à Osnabrûck, « qu’aucun homme d’État n’a le désir de troubler la paix et de provoquer une guerre européenne. » Il a parlé sans embarras, sans apparence de mauvaise humeur, des « relations plus étroites qui se sont établies entre différens États dans ces derniers temps, » et il n’a vu dans ces rapprochemens qu’un retour probable « à l’équilibre européen tel qu’il existait autrefois… » Si les ministres anglais n’ont pas parlé dans le même sens, c’est qu’ils sont dispersés de toutes parts et qu’ils ont d’autres affaires. Oui, sans doute, il y a partout l’intention visible de rassurer l’opinion. Tout semble à la paix ; mais par quelle singulière fatalité, tandis que les déclarations pacifiques se succèdent au centre de l’Europe, les plus simples incidens suffisent-ils pour provoquer, ailleurs, des explosions violentes, et comment se fait-il que les troubles, les émotions bruyantes viennent si souvent d’Italie ?

Qu’est-il donc arrivé encore ? C’est positivement extraordinaire. En vérité, dans ces scènes qui viennent de se passer à Rome et qui font maintenant le tour de Tltalie, tout est tellement disproportionné qu’on est un p©ii tenté de se demander si le très petit incident, qui a mis le feu aux poudres, n’a pas été le simple prétexte d’une agitation préparée et désirée. Depuis quelque temps, on le sait, les pèlerinages se succèdent à Rome auprès du pape. Il y a des pèlerinages de toutes les nationalités, espagnols, allemands, suisses, autrichiens. Il y a aussi des pèlerinages français, composés de jeunes gens des associations catholiques et même d’ouvriers, qui sont présentés au pape par des chefs attitrés ou par leurs évêques et qui ont assisté à des céré-