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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/719

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fluences, tantôt rapprochées par des intérêts communs. C’est l’univers entier qui est désormais livré à l’action des gouvernemens, à l’invasion des hardis explorateurs qui pénètrent dans les régions où nul n’avait pénétré jusqu’ici, et vont planter sur des terres inconnues le drapeau de leur pays, préparer des protectorats européens. Ce qui résultera de ce vaste travail est le secret de l’avenir. Dans tous les cas cette œuvre de conquête et de colonisation que nous, occidentau.x, nous appelons une œuvre de civilisation, ne s’accomplira pas sans peine. Le moindre établissement dans ces contrées mystérieuses coûtera bien des vies humaines ; chaque campagne de découverte dans l’Afrique équatoriale fera bien des victimes, comme ce jeune Français Crampel, qui vient de périr dans un de ses voyages. L’Allemagne, qui en est à ses débuts dans les entreprises lointaines, qui n’est du moins entrée que depuis quelques années dans cette voie des conquêtes coloniales, l’Allemagne elle-même en fait la dure expérience : elle commence à s’apercevoir qu’il ne sufiit pas départager idéalement avec l’Angleterre d’immenses espaces ou de signer des traités de protectorat avec le sultan de Zanzibar, que la domination réelle est plus difficile à fonder, et ce n’est pas sans émotion qu’elle vient de recevoir la nouvelle des échecs sanglans de quelques-uns de ses chefs ou de ses explorateurs.

La dernière de ces mésaventures meurtrières est celle de M. Zelewski qui, à la tête d’une expédition allemande, s’était mis en marche vers le lac Victoria-Nyanza, pour reconnaître et occuper ces vastes territoires. Il est bien parti, en effet, avec des forces composées d’Allemands et d’auxiliaires, même avec quelques canons ; mais il n’a pas tardé à se heurter contre des tribus en armes, qui l’ont assailli sur son chemin, et en fin de compte, les forces de M. Zelewski paraissent avoir été presque détruites. C’est un véritable massacre. D’un autre côté, sur un point différent, M. Péters, qui est un vieil Africain, semblerait avoir rencontré les mêmes difficultés, les mêmes résistances. En un mot, tout indique qu’il y aurait une violente fermentation parmi les masses indigènes qui se soulèvent contre la domination allemande, qui se vengent peut-être des rigueurs impitoyables déployées par le major Wismann au début de la conquête. Ce n’est point là, sans doute, un incident fait pour arrêter l’Allemagne : c’est du moins un signe des difficultés que doivent rencontrer toutes ces entreprises sur un continent inconnu, et tandis que le sang coule en Afrique pour étendre la suprématie européenne, bien d’autres questions qui intéressent aussi toutes les nations occidentales s’élèvent aux extrémités de l’Orient, jusqu’en Chine. Il ne s’agit pour l’Europe de rien moins que de préserver de toute insulte pu de tous périls, son influence, ses intérêts, ses établissemens, la vie et le bien de ses nationaux.