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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/53

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On nous avait avertis qu’il se composait de quelques cases seulement, groupées autour de deux factoreries anglaises ; c’est le comptoir proprement dit, un comptoir très important par où les Anglais draînent l’huile de palme des villages environnans. Lors de notre passage il y avait quatre voiliers sur rade.

L’autre Petit-Lahou, celui de la lagune, est le magasin du premier. C’est là que viennent s’entasser les tonneaux d’huile et les pagnes, les dames-jeannes de rhum, le tabac dont on les paie.

J’ai parlé d’huile de palme, c’est le seul trafic de la côte. L’or ne se trouve vraiment que sur le cours et au nord du Lahou, et ne descend qu’au village de Lahou ou à l’est du village, vers Dabou et Grand-Bassam. Cet or, travaillé par les noirs, est allié à une telle quantité de cuivre qu’on ne trouverait qu’avec peine à s’en défaire en France. Les habitans appellent cet alliage : l’or fétiche. Au moment de la soumission de Dabou par Armand, un peu avant notre arrivée, le village fut frappé d’un impôt de guerre se montant, — je crois, — à 70,000 francs. La somme fut payée très rapidement, en or fétiche, en bijoux du pays, et quand, à Paris, on voulut vendre cet or, on en trouva une vingtaine de mille francs.

A l’ouest de Grand-Lahou, on ne trouve d’or nulle part. La raison en est que la forêt empêche toute relation avec l’intérieur, car il existe des mines en exploitation et des gisemens aurifères dans tout le pays compris entre Musardou, à l’ouest, et Kong, à l’est. Le capitaine Binger et Benjamin Anderson les ont signalés. Pour ouvrir un débouché à toutes ces richesses, il faudrait faire des routes vers le Niger, percer cette gigantesque forêt vierge de 400 kilomètres de profondeur. Ceux des peuples du nord qu’ont visités les deux explorateurs que je citais tout à l’heure sont doux, industrieux, désireux de faire du commerce, de trouver une voie qui permette l’écoulement du surcroît de richesse de leur contrée ; on n’aurait à vaincre, de ce côté, que des difficultés matérielles. Elles sont énormes, mais j’ai confiance qu’avant peu elles seront vaincues. Alors, peut-être, ceux qui blâment cette pointe que nous poussons vers le Niger et qui considèrent comme une inutile folie les expéditions tant de fois tentées, si souvent repoussées, comprendront le but auquel tant d’énergies se sont sacrifiées.

Quant à l’huile de palme, elle se trouve partout sur la côte, c’est la richesse du pays. Les habitans la fabriquent eux-mêmes ; par tout dans les villages on voit les femmes en train de laver et de décortiquer les amandes des palmiers qui se recueillent par longues grappes rouges. Cette opération du lavage se fait d’ordinaire dans de vieilles pirogues, elle est suivie de la fusion, très lente et très longue, dans de grandes marmites plates, puis l’huile est mise