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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/48

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C’est le 23 février que j’ai entendu parler, pour la première fois, d’un projet d’excursion dans l’Afrique occidentale, sur la côte de Guinée, et le 5 mars, dix jours plus tard, le paquebot La Plata emportait à Dakar la mission Quiquerez-Segonzac avec ses armes et sa pacotille.

Rien d’amusant comme l’achat de cette pacotille fait à la hâte, en huit jours. Le capitaine Binger avait bien voulu nous aider de ses conseils, nous donner quelques adresses, et nous avions dévalisé les bazars, les marchands de corail, de perles de couleur : déterré des armes de traite invraisemblables ; enlevé des fonds d’étoffes aux nuances criardes, rebut des théâtres forains ; bref, nous emportions près d’un millier de kilogrammes de clinquant et d’horreurs, qui, là-bas, devaient faire de nous de riches et puissans traitans.

Après huit jours d’une superbe traversée, coupée seulement d’un exécrable déjeuner fait à Lisbonne, La Plata nous débarquait à Dakar. C’était le vendredi 13 mars.

A Dakar est le quartier du fameux escadron des spahis sénégalais, quartier presque toujours désert, les spahis étant gens nomades, toujours en colonne dans quelque coin du Soudan, presque toujours en train de faire la grande guerre. Il ne restait, quand nous sommes arrivés, qu’une poignée de cavaliers commandés par un sous-lieutenant, M. Basset.

C’est au quartier de spahis, bien que ne connaissant personne, que nous avons été demander l’hospitalité. Cette hospitalité entre frères d’armes est chose trop légendaire pour que je dise comment