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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/461

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Ursa le conduisit dehors, le hissa sur son cheval avec le secours de la femme du cabaretier et ils partirent.

Au milieu d’un petit bois, Stanko arrêta son cheval, descendit, tomba par terre, se releva et enlaçant de son bras le cou du cheval.

— Ça ne va pas… je n’y vois plus… la tête me tourne, bégaya-t-il, laisse-moi me reposer.

— Il se fait nuit, Stanko.

— Nuit ! L’heure de dormir, dormons alors !

Il tâcha d’atteindre l’arbre le plus proche, mais tout en vacillant. Ursa l’empoigna tout à coup par la nuque, et d’un coup de genou sur les reins, le jeta par terre. Puis, lui courbant les bras derrière le dos et détachant les cordes, elle attacha les mains de l’ivrogne par derrière.

Jusqu’alors, Stanko n’avait pas soufflé mot, mais lorsqu’elle se leva d’un bond et qu’elle le dressa sur ses genoux, il la regarda les yeux hagards et bégaya : « Que veut… dire… cela ? »

Elle ne lui répondit pas, mais noua la seconde corde autour de sa taille et la serra.

— Que me veux-tu donc ? demanda Stanko.

— Ce que je veux ? répliqua-t-elle. Te traiter comme une bête, car tu es une bête.

Du coup, Stanko fut dégrisé. Il se leva, se mit à jurer et à lancer des coups de pied vers Ursa.

— Qu’as-tu donc, femme endiablée ? s’écria-t-il, pourquoi m’as-tu lié ?

Ursa, tenant fermement dans son poing crispé le bout de la corde dont elle avait enlacé le corps de Stanko, leva le grand fouet, et montant rapidement à cheval, elle attacha le nœud à la selle.

— En avant ! ordonna-t-elle tranquillement.

— Non, je ne m’en vais pas, je ne bougerai pas d’ici ! s’écria Stanko. Mais elle poussa le cheval et brandit le grand fouet au-dessus du dos de Stanko, si terriblement, que celui-ci se mit en route.

— Que veux-tu donc faire ? demanda-t-il.

— Je vais te vendre comme esclave, lui répondit-elle.

— Comment ? toi, chrétienne, tu oserais commettre un pareil péché ?

— L’homme est une marchandise comme une autre, répliqua-t-elle, tu l’as dit toi-même, et l’homme vaut autant que la femme.

— Pitié ! Ursa, je me corrigerai, je t’obéirai désormais, je te servirai.

Elle éclata de rire.

— Pour toi, le fouet ! dit-elle, je suis trop bonne, je ne te traiterais pas selon tes mérites. Il te faut un maître qui te mette