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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/453

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jeter leur patrie dans une politique d’aventures, au bout de laquelle peut se trouver la guerre avec ses redoutables hasards. C’est d’autant moins probable que leur détermination pouvait leur faire craindre une aggravation de la crise économique et financière qui pèse sur l’Italie ; ils pouvaient craindre en effet, — chose qui n’a heureusement pas eu lieu, — une exaspération du seul marché sur lequel cette crise puisse enfin se résoudre avantageusement.

Cela étant, comment peut-on logiquement expliquer la résolution qu’ils ont prise ? Faut-il ajouter loi à ceux qui prétendent qu’une irrésistible pression de la couronne aurait rendu vaines toutes leurs résistances ? Ce n’est pas l’opinion des hommes politiques italiens qui sont le plus en situation d’apprécier le caractère de leur souverain. Le roi Humbert aime à professer des sentimens chevaleresques ; il a pu croire qu’il y aurait de sa part un certain devoir d’honneur à ne point déserter la cause de deux souverains auxquels il est allié depuis huit ans ; ce devoir a pu lui paraître plus impérieux encore au moment précisément où les circonstances pourraient en rendre la pratique plus dangereuse que par le passé ; le roi a donc pu in petto désirer que son alliance avec ces deux souverains ne fût pas rompue et même laisser percer cette préférence dans sa manière d’être. Mais qu’il soit allé plus loin, c’est ce qui paraît peu admissible. Son tempérament de roi rigoureusement constitutionnel, dont il a donné tant de preuves, en exclurait la probabilité.

Faut-il admettre, d’autre part, que les ministres aient eux-mêmes apporté, en arrivant au pouvoir, le parti-pris de renouveler l’alliance quand même ? Hypothèse non moins inadmissible que la précédente. La loyauté connue de M. di Rudini et de ses collègues doit la faire écarter a priori. Comment concilier en ce cas leur indiscutable respectabilité avec l’attitude qu’on leur a vu garder pendant les premières semaines de leur ministère ? Que M. di Rudini ait senti vers la fin de mars qu’il lui serait difficile d’éluder la nécessité de renouveler l’alliance ; qu’il ait cherché dès lors, comme je le disais dans les premières pages de ce travail, à mettre en réserve des argumens de nature à en faire retomber la responsabilité sur la France plutôt que sur sa propre politique, c’est parfaitement possible. Un homme d’État a, comme tous les autres hommes, le devoir de se montrer loyal ; mais il a, plus que tout autre, le devoir aussi de s’affirmer habile. Or il y eût eu inhabileté de sa part à s’exposer à ne pouvoir réfuter les critiques de ceux qui l’accuseront certainement d’avoir achevé de brouiller son pays avec la France. L’on peut donc admettre qu’il ait voulu prendre cette précaution ; mais ce qui semble improbable, c’est qu’il ait pu agir