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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/441

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de son fils Menotti et de son secrétaire Guerzoni, qui, seuls, auraient pu le soustraire à l’influence des suggestions de lord Clarendon et de lord Sutherland ; si bien que le lendemain la légation italienne put transmettre à Turin un télégramme ainsi conçu :

Londres, 19 avril 1864.

« Relativement au départ de Garibaldi, informez le roi que le duc de Sutherland, au lieu de le ramener à Caprera, le gardera à bord de son yacht, pendant tout le temps qu’il voyagera en Orient. Il restera deux mois en voyage. Pendant le voyage, il touchera probablement quelque port de l’Italie méridionale. Là, le duc empêchera Garibaldi de descendre ou faire des entreprises. Télégraphiez-moi si cela convient au roi.

« Signé : ALBERT MAFFEI. »

C’était, comme on le voit, une véritable séquestration ; mais l’Angleterre ne voulait pas patronner des entreprises susceptibles de troubler l’ordre établi dans la péninsule italique.

Pourtant Venise était encore dans les fers de l’Autriche, comme je l’ai dit plus haut. C’était là une question que le temps réglerait d’une manière ou de l’autre, et que l’Angleterre, désormais, n’avait pas d’intérêt à prendre directement en main. Une autre puissance allait bientôt entrer en scène. A elle, le soin de disputer à la France le mérite de la délivrance de Venise. Quant à l’Angleterre, elle pouvait se contenter du résultat qu’elle avait acquis. Désormais, si l’Italie était destinée à devenir une puissance maritime, ses escadres, au lieu de jamais renforcer celles de la France viendraient toujours sûrement accroître les forces des flottes britanniques.

Les forces maritimes de l’Italie étant ainsi inféodées à l’Angleterre, il appartenait à un autre État rival de la France de convoiter l’inféodation de ses forces territoriales.

C’est en effet au moment où le rôle actif de l’Angleterre s’effaçait en Italie, que celui de la Prusse commença à s’y dessiner.

La Prusse, depuis 1848, avait manifesté son incessante hostilité contre les aspirations de l’Italie vers l’indépendance, et contre la politique libérale du roi de Sardaigne et de ses ministres.

A l’appui de la politique italienne de l’Autriche, elle professait dès lors ce principe, formulé par le général Radowitz : que « l’Allemagne doit être défendue sur le Mincio. » En 1851, elle voulait que, sous peine d’avoir « à s’en repentir, » le roi de Sardaigne