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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/437

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Voilà donc l’Angleterre en armes, menaçante, tandis que, d’un autre côté, la confédération germanique mettait sur pied trois cent mille hommes en Prusse et trois cent mille hommes dans les autres États allemands.

Le nouveau ministère whig, dont les lords Palmerston et Russell étaient les chefs, ne songeait pas, certes, à faire la guerre pour replonger l’Italie dans les fers de l’Autriche ; il lui suffisait, pour le succès de l’habile politique qu’il comptait suivre désormais, que Napoléon III fût assez intimide pour arrêter le cours de ses victoires, et laisser en partie irréalisées les promesses de son célèbre programme : « l’Italie libre des Alpes à l’Adriatique. » L’attitude de l’Angleterre contribua, en effet, beaucoup à faire prendre à Napoléon, parfaitement d’accord avec Victor-Emmanuel [1], la résolution de négocier avec l’empereur d’Autriche ; nous en avons une preuve irréfragable dans l’aveu fait par lord Woodhouse à la chambre des lords [2], d’avoir « transmis les propositions de la France à Vienne avant Villafranca. »

Ainsi cette paix de Villafranca, qui a valu tant de malédictions à Napoléon III de la part des patriotes italiens, a été, pour une bonne part au moins, l’œuvre de l’Angleterre, — de l’Angleterre qui, à dater de ce moment, est néanmoins devenue l’objet de la reconnaissance exclusive des Italiens ; tandis que la France, liée par le traité de paix qu’elle venait de conclure, enchevêtrée dans les entraves que la question de Rome lui avait mises aux pieds, était condamnée à une attitude diplomatique devant nécessairement lui attirer leur haine.

A partir de la paix de Villafranca, la politique anglaise change son orientation. D’autrichienne qu’elle avait été, elle devient italienne. Malgré son inconséquence apparente, elle reste parfaitement logique ; elle ne varie que dans sa modalité. Son mobile est facile à discerner. Il fallait à l’Angleterre ou une Italie impuissante, telle que l’avaient faite les traités de 1815 en la livrant à l’oppression autrichienne ; ou bien une Italie qui, en devenant indépendante et forte, ne pût jamais devenir un auxiliaire de la puissance française.

Le traité de Villafranca se prêtait merveilleusement aux combinaisons anglaises. Il liait Napoléon III vis-à-vis de l’Autriche ; quelque favorable qu’en son cœur il fût resté à l’idée de la délivrance complète de l’Italie [3], le respect des accords qu’il avait signés

  1. Voir Cronaca della guerra d’Italia del 1859, t. II, p. 4. Rome. Tipografia tiberina.
  2. Séance du 9 août 1859.
  3. Un exemple saisissant de ce sentiment caché de Napoléon III se trouve révélé dans une lettre du prince Napoléon à Cavour. Le prince raconte que M. Thouvenel avait préparé et soumis à l’empereur une note sévère contre la politique piémontaise, à l’époque des événemens de Naples. « L’empereur, poursuit-il, biffa la note en disant à son ministre que le Piémont savait fort bien que la France ne lui ferait pas la guerre, s’il ne suivait pas ses conseils. » (Voir il Principe Napoleone par Pietro Vayra, p. 57, Turin, Casanova, éditeur, 1891.)