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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/425

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durée de mon ministère, je n’ai rien fait, quoi qu’on en ait dit, qui pût me rendre indigne de ses sympathies. Que me reproche-t-on ? La rupture commerciale ? Ce n’est pas moi qui ai dénoncé le traité de commerce ; j’ai, au contraire, ouvert des négociations pour en conclure un nouveau. Les dépenses militaires et les déficits budgétaires qui en ont été la conséquence ? Mais rappelez-vous bien que je n’ai fait en cela que suivre les penchans du public et du parlement qui, en 1887 et 1888, étaient au moins aussi belliqueux que moi. L’alliance avec l’Allemagne ? Ce n’est pas moi qui l’ai faite ; elle a été renouvelée deux fois et toujours à des époques où je n’étais pas au pouvoir. Loin de là, à la séance du 28 juin dernier où il s’agissait de protester contre les intentions de la renouveler, attribuées au cabinet Rudini, ne me suis-je pas rendu à mon poste de député pour prêter à la protestation l’appui de ma présence ? N’ai-je pas, en cette journée, aidé l’extrême gauche de mes conseils contre les tentatives d’escamotage parlementaire faites par le président de la chambre, comme M. Cavallotti et tous ses amis politiques peuvent en témoigner ? Lorsqu’enfin il a été affirmé que la triple alliance était définitivement renouvelée, la Rîforma, le Capitan Fracassa et autres journaux qui m’appartiennent ou s’inspirent de moi ne se sont-ils pas associés avec ardeur au blâme que la presse indépendante infligeait au gouvernement à cette occasion ? Quant à mes procédés politiques envers la France, il est faux qu’ils aient été de nature à en faire une ennemie de mon pays, ni même de mon gouvernement. A-t-on oublié la lettre, si amicale pour la France, que j’écrivis au Rappel à mon avènement au pouvoir ? Et depuis en quoi ai-je démenti ces protestations d’amitié ? Voyez mes actes. N’ai-je pas aboli nos tarifs différentiels, tandis que la France maintenait les siens ? N’ai-je pas envoyé notre escadre saluer M. Carnot à Toulon, tandis que la presse française, par son attitude inconvenante, empêchait le roi d’aller recevoir à la Spezzia un hommage équivalent de l’escadre française [1] ? Lorsqu’une délégation des tireurs français est venue à Rome, qui a conseillé de leur prodiguer les démonstrations affectueuses, de les couvrir de décorations, et de les admettre aux honneurs de la table royale ? N’est-ce pas moi ? Malheureusement aucune de ces manifestations amicales, qui étaient autant de véritables avances de ma part, ne portait. Pourquoi ? Parce que la France, pour son malheur et pour le nôtre, est imbue d’un esprit de cléricalisme qui en fera

  1. La vérité est que M. Crispi, en envoyant l’escadre italienne à Toulon, avait voulu s’en faire un mérite auprès du public italien dont il sentait l’opinion tournée vers la France ; mais ce mérite, il ne voulait pas que la France pût l’avoir aux yeux du même public italien, en envoyant à son tour ses vaisseaux saluer le roi à la Spezzia. Voilà pourquoi le voyage royal n’eut pas lieu. Los journaux français n’y furent pour rien.