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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/412

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ministériel milanais expliquait ensuite comme quoi le traité de la triple alliance pouvait être considéré comme renouvelé, « l’accord verbal étant déjà complet. »

De cet « accord » dont, suivant la parole de M. de Bismarck, il faut désespérer de jamais avoir la révélation officielle, nous sommes bien obligés de nous contenter de posséder la relation que nous en donne le Corriere della Sera ; c’est pourquoi je crois qu’il ne sera pas sans intérêt de consigner ici la traduction textuelle des paragraphes qui, dans la lettre officieuse [1] de M. Maggiorino Ferraris, s’y rapportent sous cette rubrique : l’ancien et le nouveau traité. « Le nouveau traité conservera en principe la même rédaction que celui qui fut établi entre Robilant et Bismarck. Seulement quelques obligations réciproques, ainsi que les conditions dont elles dépendent, seront mieux précisées. Le caractère du traité est essentiellement pacifique. Si l’un des alliés attaque une autre puissance, les autres alliés ne sont point obligés de le secourir. Si, au contraire, un des alliés est attaqué, sans provocation de sa part, les trois puissances doivent entrer en ligne. Il s’ensuit donc que si l’Allemagne attaquait la France, l’Italie ne serait pas obligée d’entrer en campagne. Le cas serait différent si la France attaquait l’Allemagne. En outre, l’Allemagne et l’Autriche garantissent l’intégrité du territoire italien ; de sorte que, en fait, elles consacrent « l’italianité » de Rome, en repoussant les revendications du Vatican. L’Italie, au contraire, ne garantit aucunement l’intégrité du territoire germanique ; en sorte que le prétendu argument des radicaux que l’Italie garantit la possession de l’Alsace-Lorraine à l’Allemagne disparaît. Il en résulte clairement que la France n’a rien à craindre, si, comme elle le déclare, elle a vraiment des intentions pacifiques. »

L’Angleterre a heureusement d’autres pratiques politiques que celles auxquelles le prince de Bismarck faisait allusion lorsqu’il parlait du secret qui couvrira éternellement les conditions de la triple alliance. Quand le cabinet de Londres aura conclu un traité avec celui de Rome, le monde ne tardera donc pas à en connaître la teneur. En attendant, le gouvernement italien fait affirmer officieusement qu’un accord anglo-italien existe, et, comme un accord de cette nature, si toutefois il existe réellement, n’a pas lieu d’être communiqué au parlement, il peut être utile de traduire également ici les paragraphes de la lettre du Corriere della Sera par lesquels la Consulta a voulu en faire connaître la substance. Je traduis textuellement :

  1. Dès l’arrivée du courrier de Milan, le matin du 6 juin, les ministres s’empressèrent de signaler à leurs amis la lettre du Corriere della Sera comme définissant exactement la situation vraie de la question de la triple alliance.