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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/360

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jamais en vain de remonter aux sources du christianisme, unique et saint berceau de toutes les vérités sociales !

Un prêtre transfuge, Menno Simons, a succédé à Jan Bockelson : le siècle ne peut plus se passer de prophètes. L’un condamnait le baptême des enfans ; l’autre prescrit le baptême des adultes. Tous deux, au fond, ne sont que les apôtres d’une agitation stérile, d’une agitation inquiète, encore impuissante à trouver sa voie. Avec Calvin, la réforme va prendre un tout autre aspect.

Les divergences dogmatiques ont cédé le pas aux préoccupations morales. Le peuple de Dieu ne veut plus être confondu avec les Gentils. Le mouvement religieux a, dès ce moment, pour base une doctrine austère, pour adhérens non plus seulement des princes ou des nobles révoltés contre la suprématie de Rome, mais des masses populaires altérées d’une foi pure, indignées de la dépravation d’un clergé décrié, avides de recueillir des enseignemens qui leur promettent le retour aux traditions oubliées de la primitive Église. De Genève, le calvinisme s’était rapidement propagé en France ; les prédicateurs français l’importèrent dans les Pays-Bas : il y poussa, dans le court espace de quelques années, de profondes racines. La guerre sourde à la papauté en acquit promptement une impulsion nouvelle.

La doctrine de Calvin, dans sa sombre énergie, s’adaptait merveilleusement au tempérament opiniâtre du peuple néerlandais, le plus entêté des peuples. Elle flattait à la fois son humeur indépendante et son goût prononcé pour cette poésie biblique qui fait de tout chef de famille un patriarche. L’autorité absolue au foyer, la liberté illimitée à l’église, tel était, vers le milieu du XVIe siècle, le vœu presque unanime d’une population docile à la voix de ses pasteurs, parce qu’elle avait cessé depuis longtemps de l’être à celle de ses princes. L’hérésie eût peut-être été moins odieuse à Charles-Quint et à Philippe II s’ils n’avaient, dès le principe, constaté qu’elle avait pour le moins autant en vue « la guerre à Saül, que la chasse à la bête romaine. » La liberté politique et la liberté religieuse ont eu dans les Pays-Bas la même semence. Elles sont nées toutes les deux, à la fois, du sang des martyrs.


III

En 1524, Van der Hulst a livré aux flammes Guillaume Dirksz, compagnon tonnelier ; en 1525, Jan de Bakker, pasteur à Werden. En 1550, l’édit promulgué à Augsbourg, par Charles-Quint, prétend couper le mal à sa racine. Il est interdit d’imprimer, de copier, de garder, de cacher, de vendre, d’acheter aucun des