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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/32

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Être né pour la fin des révolutions, le mot pouvait paraître ambitieux ! Ce chef d’opposition modérateur de son parti avait du moins l’art de saisir les circonstances, de ne demander à une situation que ce qu’elle pouvait donner, et c’est ainsi qu’aux derniers jours de 1819, au lendemain de l’élection de Grégoire, il n’hésitait pas à suspendre les hostilités pour une réforme de la loi des élections. Il ne s’engageait pas encore, il se tenait en observation, attendant ce que le gouvernement avait à proposer, contenant ceux qui ne voulaient rien accepter, pas même une bonne loi des mains de M. Decazes. C’était, d’ailleurs, un moment critique où l’on sentait la nécessité de prendre un parti et où toutes les résolutions devenaient difficiles, où par surcroît celui qui avait conçu le généreux projet de concilier la monarchie et la liberté, celui qui était l’âme du ministère, M. de Serre, venait d’être frappé par la maladie qui l’éloignait momentanément de la scène. M. Decazes restait seul à se débattre dans une situation inextricable, toujours soutenu par la faveur du roi, s’efforçant de gagner les royalistes par des promesses et, d’un autre côté, évitant de s’aliéner les libéraux, ses amis les doctrinaires, M. Royer-Collard, M. Guizot, M. de Barante, qui s’inquiétaient déjà des progrès de la réaction royaliste. Il n’avait guère, pour le seconder, que M. Pasquier, devenu ministre des affaires étrangères dans le dernier renouvellement du cabinet. Esprit délié, rompu aux affaires et aux expédiens de la politique, royaliste sans fanatisme, libéral sans illusions, M. Pasquier avait quitté une première fois le pouvoir avec M. de Richelieu, précisément pour avoir voulu réformer la loi des élections. Il venait de rentrer aux affaires prêt à la sacrifier, plus décidé que M. Decazes, et par lui les négociations restaient ouvertes avec M. de Villèle, qui inscrivait dans ses notes : — «… M. le vicomte de Montmorency est venu me proposer d’aller demain chez lui, où se rendrait M. Pasquier pour recevoir, dit-il, une communication importante, sans doute relative à la loi d’élection. J’ai renvoyé à faire ma réponse lorsque j’aurai pu en conférer avec Corbière. — Après avoir reçu trois commissionnaires pour nous presser de nous rendre, nous avons eu une conférence sur la loi d’élection avec M. Pasquier avant dîner et une seconde après. » Il ajoutait, d’ailleurs, que les avis des ministres variaient d’un jour à l’autre, qu’on ne savait jamais sur quoi on pouvait compter. En un mot, l’anarchie des esprits passait dans ces préliminaires obscurs, jusque dans l’État. Sauf cette idée vague et générale qu’il y avait quelque chose à faire, tout restait incertain, lorsque, le 13 février 1820, dans une nuit de fête à l’Opéra, éclatait le coup de foudre qui confondait toutes les prévisions, tous les calculs, menaçant d’emporter toutes