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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/314

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comédies, n’auraient pas d’autre source : Pont de Veyle et sa tante, Mme de Tencin, fournirent tout au plus le style qui, dans le dramatique, est l’habillement et non la création, non l’ordonnance du tableau ; mais le plan, la combinaison des scènes, l’invention des sujets et des caractères appartiendraient encore à Salle. Un tel trait de mœurs littéraires n’a rien de surprenant dans un temps où tel philosophe fabriquait des sermons pour certains abbés au prix de cinquante écus, où Piron pouvait répondre à cet évêque qui demandait s’il avait lu son dernier mandement : « Et vous, Monseigneur ? » Plus tard, sous les assemblées révolutionnaires, combien de discours manufacturés par celui-ci, prononcés par celui-là ! Et même, de nos jours, si chacun voulait reprendre son bien, ne verrait-on pas se produire de très nombreuses revendications de paternité ? Ce serait une curieuse histoire à raconter, celle des véritables héros, des inspirateurs réels de mille écrits, de mots célèbres : si l’on savait le fond des choses, combien de geais, réputés paons, perdraient aussitôt leur plumage ! Que de généraux, foudres de guerre aux yeux de la foule, incapables de la moindre initiative sans leur chef d’état-major ! Que de ministres doivent leur renom d’habileté à leur femme, le succès d’une négociation difficile à un premier commis !

Le secrétaire de Maurepas trouva des imitateurs, des émules, Moncrif, Collé, Favart, Laujon ; grâce à eux, la parade a son art, ses règles, ses grâces : une gaîté inépuisable, un fond agréablement ordurier, mais les ordures ne doivent jamais paraître plaquées ou rapportées. Le monde réclame ces farces, ils les écrivent et l’offre ne dépassera jamais la demande : tantôt on alterne comédie et parade, tantôt on commence ou l’on termine un spectacle de comédie par quelque parade. Demoiselles de l’Opéra, grands seigneurs, princes du sang lui ouvrent la porte à deux battans. Gaussin, princesse tragique à la Comédie-Française, vient s’encanailler chez le comte de Clermont, où elle joue les rôles de Cassandre et de Gilles niais dans les parades ; le duc de Chartres les adore, lui-même est un excellent Gille, et dans la Mère rivale, dans Isabelle précepteur, il rend admirablement le personnage de Mme Cassandre. Louis XVI prend un tel plaisir aux parades de Collé, représentées chez son frère, au château de Brunoy, qu’ayant appris que l’auteur avait encore en portefeuille un volume entier de ces folies non imprimées, il dit devant M. Désentelles, l’intendant des menus, qu’il désirait absolument les voir. Emporté par son zèle, ce trop parfait courtisan va le lendemain chez Collé, et, en son absence, se croit autorisé à forcer les serrures de l’appartement, du secrétaire ; mais l’auteur a emporté son manuscrit à la campagne, il faut donc lui écrire, confesser… l’indiscrétion, et Collé