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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/292

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Oudinot, voulant que toutes ses troupes profitassent des denrées contenues dans les voitures des ennemis, consentit à laisser entrer successivement en ville les détachemens de tous les régimens, qui faisaient place à d’autres dès qu’ils avaient opéré leur chargement. Nonobstant la grande quantité de vivres et d’objets de tout genre enlevés par les troupes d’Oudinot, il en restait encore beaucoup, dont s’emparèrent le jour suivant les nombreux soldats débandés qui revenaient de Moscou.

Cependant, les chefs, ainsi que les officiers capables d’apprécier la fâcheuse position de l’armée, étaient dans de vives anxiétés. En effet, nous avions devant nous la Bérésina, dont les troupes de Tchitchakof garnissaient la rive opposée ; nos flancs étaient débordés par Wittgenstein, et Koutousof nous suivait en queue ! .. Enfin, excepté les débris de la garde, les corps d’Oudinot et de Victor, réduits à quelques milliers de combattans, le surplus de cette Grande armée, naguère si belle, se composait de malades et de soldats sans armes, que la misère privait de leur ancienne énergie. Tout paraissait conspirer contre nous, car si, grâce à l’abaissement de la température, le corps de Ney avait pu, quelques jours avant, échapper aux ennemis en traversant le Dnieper sur la glace, nous trouvions la Bérésina dégelée, malgré un froid excessif, et nous n’avions pas de pontons pour établir un passage ! ..

Le 25, l’empereur entra dans Borisof, où le maréchal Oudinot l’attendait avec les 6,000 hommes qui lui restaient. Napoléon ainsi que les maréchaux et officiers de sa suite furent étonnés du bon ordre qui régnait dans le 2e corps, dont la tenue contrastait singulièrement avec celle des misérables bandes qu’ils ramenaient de Moscou. Nos troupes étaient certainement beaucoup moins belles qu’en garnison, mais chaque soldat avait conservé ses armes et était prêt à s’en servir courageusement. L’empereur, frappé de leur air martial, réunit tous les colonels et les chargea d’exprimer sa satisfaction à leurs régimens pour la belle conduite qu’ils avaient tenue dans les nombreux et sanglans combats livrés dans la province de Polotsk.

Quand le général bavarois comte de Wrède s’éloigna sans autorisation du 2e corps, il avait emmené la brigade de cavalerie Corbineau, en trompant ce général, auquel il assura avoir reçu des ordres à cet effet, ce qui n’était pas… Eh bien, cette supercherie eut pour résultat de sauver l’empereur et les débris de la grande armée !

En effet, Corbineau, entraîné malgré lui dans une direction opposée à celle du 2e corps dont il faisait partie, avait suivi le général de Wrède jusqu’à Gloubokoé ; mais là, il avait déclaré qu’il n’irait pas plus loin, à moins que le général bavarois ne lui montrât