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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/235

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atteints dans l’arrogance de leurs prétentions et dans leur influence. Aussi font-ils tout ce qu’ils peuvent pour décourager les catholiques par leurs moqueries et leurs injures, pour leur persuader qu’ils n’ont rien à attendre, que la république, loin de s’adoucir, ira jusqu’au bout de sa politique exclusive et leur fermera la porte. Ils imagineraient même au besoin de nouveaux raffinemens de persécution, qu’ils se flattent peut-être d’imposer par l’intimidation comme ils l’ont fait si souvent aux républicains moins violens qu’eux. Ils sont, eux aussi, dans leur rôle de sectaires et de révolutionnaires !

C’est fort bien. Que les irréconciliables de toutes les couleurs s’efforcent de mettre la guerre là où d’autres veulent mettre la paix, de contrarier par leur opposition, même par la diffamation ou la menace, des rapprochemens qui les déconcertent ou les irritent, il n’y a pas de quoi s’étonner : c’était à prévoir ! Cela signifie simplement que cette évolution qui commence dans le monde religieux ne s’accomplira pas toute seule, sans rencontrer de singulières difficultés, des résistances et des malveillances. Oh ! sur ce point, soyez tranquille, n’ayez aucune illusion. Les radicaux sont toujours prêts à se faire les complices des irréconciliables de la droite, à justifier les craintes qu’on cherche à inspirer aux catholiques disposés à faire leur paix avec les institutions républicaines. Ils se chargent de susciter les interpellations embarrassantes et les incidens, de réchauffer les passions anticléricales, d’envenimer les conflits ; ils l’essaieront du moins autant qu’ils le pourront par leurs discours, leurs polémiques et leurs motions. Ils n’ont pas tant attendu ; ils sont plus que jamais à l’œuvre, à leur triste besogne de division et de haine.

Il y a peu de jours encore, dans une distribution de prix au collège d’Autun, un obscur député radical, désigné par une complaisance administrative pour présider cette cérémonie de famille, a tenu devant des enfans, devant des parens, un langage que Mgr Perraud a cru devoir relever avec une juste émotion. Cet étrange président de la plus pacifique des fêtes n’a trouvé rien de mieux que de s’escrimer, dans son discours, contre les hommes noirs, contre ces « maisons où une éducation antirépublicaine est donnée par des maîtres qui puisent leurs inspirations à Rome. » Cet orateur, plein de goût et de tact, a cru spirituel d’appeler Jésus-Christ « un des grands philosophes de l’antiquité, inspirateur de la religion catholique. » C’est ce qu’on appelle la neutralité laïque ! Et c’est justement cette neutralité ainsi comprise qui peut passer pour une des causes d’un phénomène signalé par le dernier rapporteur du budget du ministère de l’instruction publique, — la désertion des lycées de l’état, la diminution du nombre des élèves dans les écoles officielles. Car enfin il y a encore des pères de famille qui ont la faiblesse de ne pas apprécier pour leurs enfans le mérite