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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/234

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systématique au nom d’une prétendue confusion des intérêts de dynastie et des intérêts de l’église ; c’est en se plaçant sans subterfuge dans la république elle-même, qu’on prétend désormais demander des réparations et des garanties qui n’ont après tout rien d’incompatible avec les institutions. C’est, en définitive, le vrai sens de ce mouvement, d’une si sérieuse et si forte originalité, qui tend à dégager l’église des alliances onéreuses, à lui rendre la liberté entre les partis, dans la vie du siècle.

Ce qu’il y a de curieux à observer dans cette évolution catholique, ce qui en relève ou en précise la signification, c’est l’accueil qui lui est fait dans les camps les plus opposés. M. le cardinal Lavigerie et tous ceux qui se rattachent plus ou moins aux idées nouvelles de conciliation sont évidemment assez mal reçus par les opinions extrêmes. Ils devaient sans doute s’y attendre ; c’était logique et naturel.

Que ceux qui font un système de l’irréconciliabilité avec la république, qui, par tradition ou par un sentiment d’honneur, mettent le premier et le dernier mot de leur politique dans une restauration monarchique, aient été surpris et irrités de cette campagne de pacification avec la république et dans la république, c’est trop simple. Il est bien certain que, si une partie des catholiques se détache des intérêts de dynastie et se désintéresse des questions de régime, de la forme de gouvernement, les défenseurs de restaurations perdent du même coup une aile de leur armée. La monarchie reste un grand souvenir dans le passé ; elle n’est plus pour le présent qu’une institution menacée d’être submergée dans une démocratie grandissante, une force diminuée et isolée dans un pays que les révolutions n’ont pas préparé à un loyalisme politique bien robuste. La séparation des catholiques est pour elle la rupture d’un dernier lien avec les masses françaises. Aussi ceux qui gardent leur fidélité et leurs espérances monarchiques mettent-ils tout leur zèle à détourner ou à retenir ce mouvement religieux dont ils sentent le danger. Ils s’ingénient à ressaisir ou à effrayer les catholiques en leur répétant que la république est l’ennemie, que la monarchie seule peut protéger leurs croyances, qu’on leur fait jouer un rôle de dupes, que ce qu’on leur demande est une capitulation de leurs consciences sans garantie et sans compensation. Ils raillent un peu amèrement les évêques qui se livrent et livrent leur troupeau sans condition, à un régime qui leur demande des gages sans en donner lui-même. Ils sont dans leur rôle ! — Que les irréconciliables du radicalisme, ceux qui ne rêvent qu’une république de secte, traitent de leur côté avec dédain ou avec violence le travail qui s’accomplit dans le monde religieux, c’est encore plus simple. Il est clair que, si ce mouvement devenait une réalité, si le sentiment de paix et de conciliation renaissait sérieusement entre les partis, les radicaux seraient les premiers