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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/232

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Oui, sans doute, même dans ces heures distraites où nous sommes, même dans ce repos de la saison, que ne peuvent guère troubler les modestes délibérations des conseils-généraux, on ne peut s’y tromper. S’il est aujourd’hui un fait sensible en France, c’est qu’il y a de toutes parts, dans le pays d’abord, dans les partis eux-mêmes, une vraie fatigue des querelles stériles, un besoin instinctif de se dégager des vieilles passions, des vieux préjugés qui ne répondent plus qu’à des ambitions de minorités remuantes. Les vieux partis sont à bout ; ils cherchent à se reconstituer, à se classer ou à se fixer dans des conditions nouvelles, — et un des incidens les plus curieux de ce travail, encore assez confus peut-être, mêlé de bien des contradictions, mais réel, est à coup sûr ce mouvement qui s’accomplit parmi les catholiques, parmi les évêques, presque sous les auspices du chef de l’église lui-même. Les uns et les autres, fatigués de se débattre dans une situation sans issue, ils finissent par prendre leur parti ; ils vont d’un pas inégal si l’on veut, sans illusion peut-être, mais sans subterfuge, par raison, vers la république, reconnue et acceptée comme le régime légal de la France. Ils font leur adhésion aux institutions du pays. Il y a déjà près d’un an, M. le cardinal Lavigerie, par un toast retentissant, a été un des premiers promoteurs de cette évolution de l’église, et depuis le toast d’Alger il n’a cessé de renouveler, d’accentuer ses déclarations dans ses lettres, dans ses mandemens, dans ses instructions à son clergé. L’évêque de Grenoble, à son tour, Mgr Fava, est entré résolument dans cette voie et a publié avec éclat son adhésion en précisant l’action des catholiques dans le régime nouveau, en encourageant ou en patronnant la formation d’un parti catholique entre tous les partis qui existent déjà. Bien des ecclésiastiques français, évêques ou simples prêtres, se rallient certainement à ces idées de rapprochement ou de réconciliation tout en faisant moins de bruit. D’un autre côté, il s’est formé récemment à Paris sous les auspices de M. le cardinal Richard et sous le nom « d’union de la France chrétienne, » une association qui, sans aller jusqu’à une adhésion formelle à la république, en s’attachant uniquement à la défense des intérêts religieux, proclame sa neutralité en politique. Union de la France chrétienne, union catholique, parti catholique, c’est au fond la même idée avec des étiquettes différentes. C’est une évolution qui commence et qui a cela de caractéristique, de sérieux, qu’elle a été visiblement inspirée ou encouragée par le chef de l’église.

Comment finira-t-elle par se coordonner et se fixer, cette évolution si nouvelle ? Est-il nécessaire qu’il y ait, dans la république, comme semblerait le désirer M. l’évêque de Grenoble, un parti de plus, le parti catholique ? On ne ferait probablement que déplacer le danger. Ce serait peut-être éteindre la guerre d’une main pour la rallumer de