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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/213

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constitue pas le seul avantage que le gouvernement impérial retire de la constitution de la Banque d’Allemagne et qu’il faut y joindre des redevances spéciales et une participation aux bénéfices.

En Alsace-Lorraine, la Banque d’Allemagne est en relation avec la caisse principale de la province (Landes-Hauptkasse) de Strasbourg depuis 1890 [1], avec la caisse principale des chemins de fer de l’empire, avec l’administration des postes (les mandats postaux à l’ordre des titulaires de comptes courans sont crédités directement à ceux-ci par la Banque et non plus payés en espèces). En 1887, le ministère de la guerre prescrivit, à titre d’essai, de faire ouvrir des comptes courans par les diverses caisses militaires, dans le dessein de diminuer le montant des fonds à manier en argent et de restreindre la responsabilité des préposés. Il paraît que les résultats obtenus jusqu’ici ont été encourageans, beaucoup plus en Alsace-Lorraine que dans le reste de l’empire.

Les banques privées, de leur côté, ne sont pas restées inactives : elles cultivent assidûment la branche des dépôts et des chèques ; si elles ne peuvent offrir au public la faculté de transférer gratuitement l’argent sur toute l’étendue du territoire, elles lui offrent, d’autre part, l’avantage de ne pas laisser l’argent sans intérêt : elles bonifient en général 1 pour 100 d’intérêt. Il en résulte que les sommes en comptes courans, dans les grandes banques privées d’Alsace-Lorraine, dépassent le montant qui se trouve à la Banque d’Allemagne. La Société générale alsacienne de banque avait, en 1883, 885 comptes de chèques, tandis qu’aujourd’hui les succursales de la Banque impériale n’ont que 286 cliens en comptes courans.

Les avances sur titres n’ont pas formé, jusqu’ici, une source de grands profits pour ces succursales. La raison en est que le public alsacien-lorrain n’a toujours pas de goût pour les fonds et les valeurs originaires d’Allemagne ; lorsqu’il a de l’argent à placer, il achète des fonds étrangers, de la rente française, sur laquelle la Banque ne fait pas de prêts ; en outre, il est moins adonné à la spéculation que les habitans d’outre-Rhin.

L’incorporation violente de l’Alsace-Lorraine à l’Allemagne a eu pour conséquence de modifier considérablement l’organisation de la banque : tant que l’Alsace-Lorraine était demeurée française, les

  1. En Alsace-Lorraine avaient un compte courant, le 31 décembre 1890 : 2 autorités civiles, 35 autorités militaires, 44 particuliers, 141 établissemens industriels et maisons de commerce, 37 banquiers, 27 cantiniers, en tout 286. Les entrées et sorties de ces comptes ont été de 318 millions de marks en 1876, de 1,467 millions en 1889, alors que pour tout l’empire la progression a été de 16,611 millions à 75,676 millions. La proportion a donc été à peu près la même.