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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/195

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ceux-ci seront plus grands, c’est-à-dire mieux à même de remplir leur mission.

La question est à l’étude.

Nous avons émis des doutes sur la vitesse que pourraient soutenir les bâtimens en réserve armés du jour au lendemain avec un complément d’équipages étrangers au service de leurs machines. Chez nous, les croiseurs le Lapérouse, le Desaix et le Dupetit-Thouars, qui étaient dans ces conditions, n’ont pas pu soutenir l’allure prévue à cause de l’insuffisance de la chauffe.

Nos cuirassés ont mieux marché, mais il n’en a pas été de même chez les Anglais. Ceux-ci avaient formé, en outre des escadres rouge et bleue, deux autres flottes : celle du nord et celle de l’ouest. La flotte du nord, sous le commandement du vice-amiral Seymour, était composée de 8 cuirassés, 7 croiseurs protégés, 4 croiseurs non protégés et 3 avisos-torpilleurs. Tous ces bâtimens étaient de construction récente et jouissaient d’une vitesse supérieure à 15 nœuds 1/2. Cette escadre n’a pas pu, en conservant sa cohésion, dépasser pendant une course d’une nuit à toute vapeur une vitesse de 13 à 14 nœuds ; on avait cependant appelé en renfort dans les chaufferies tout le personnel disponible.

Cela tient à deux causes : la première est que les bâtimens de la flotte du nord étaient fort dissemblables, comme le sont tous ceux qui forment les flottes actuelles ; parmi les cuirassés, les uns étaient élevés sur l’eau, à tourelles barbettes ; les autres, au contraire, à tourelles fermées, appartenant à la classe amiral, étaient terminés aux deux extrémités par des « plages » peu élevées que la mer balaie. Les croiseurs avaient de 1,800 à 6,000 tonnes, et les avisos-torpilleurs 735. Des navires aussi différens comme construction et comme tonnage n’ont pas les mêmes qualités à la mer, et ne peuvent pas développer tous la même vitesse dans des conditions identiques.

La seconde cause réside dans l’impossibilité de relever les équipes de chauffe assez souvent, faute de monde. Les essais à grande vitesse des bâtimens de guerre sont faits par des équipes spéciales et dans des conditions qui ne se retrouvent pas en service courant. Pour ménager les machines et le combustible, la vitesse maxima n’est jamais plus donnée que dans des circonstances exceptionnelles et pendant un petit nombre d’heures. Quand on le fait, on est obligé, en Angleterre comme chez nous, de chauffer à deux quarts, c’est-à-dire avec la moitié des chauffeurs devant ces feux au lieu du tiers, et encore on manque vite de bras.

Mettons donc du monde sans marchander à bord de nos navires