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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/194

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Deux escadres avaient été constituées : l’une, escadre rouge, composée de 3 cuirassés anciens, d’un croiseur protégé et de 5 avisos-torpilleurs à grande vitesse, gardait la côte du pays de Galles contre un ennemi ayant la côte d’Irlande pour littoral ; cet ennemi était figuré par l’escadre bleue, qui comprenait comme forces offensives 20 torpilleurs de haute mer et un garde-côtes cuirassé, 1 transport de torpilleurs et 4 bâtimens légers devant servir d’appui aux raids des torpilleurs.

Les torpilleurs étaient pourvus de torpilles avec cônes spéciaux permettant de les lancer sans danger contre les bâtimens, excellente disposition que nous voudrions voir appliquer en France.

Les conventions adoptées étaient très favorables aux torpilleurs, puisqu’il suffisait qu’un cuirassé eût été atteint par une seule torpille pour qu’il fût considéré comme hors de combat ; les torpilleurs armés étaient de 1re classe, ayant tous donné, sauf un, de 19 à 22 nœuds 1/2 aux essais. Les contre-torpilleurs n’avaient qu’une vitesse indiquée de 18 nœuds 1/2. Malgré cela, chaque fois que les torpilleurs ont pris chasse devant les contre-torpilleurs, ceux-ci les ont capturés, ce qui semblerait indiquer que ces torpilleurs ont rarement donné plus de 16 nœuds à la mer. 16 torpilleurs ont été reconnus de bonne prise par les arbitres, deux autres ont eu des avaries et ont dû abandonner les manœuvres dès le commencement.

Les torpilleurs de l’escadre bleue ont lancé 8 torpilles dont 3 ne se sont pas mises en marche sous l’eau ; une seule a atteint le but et mis hors de combat le cuirassé le Northampton. Et pourtant ces torpilles étaient toutes du modèle le plus perfectionné. S’il fallait admettre un pareil pour cent, — à peine 12 pour 100, — dans le tir des torpilleurs, il faudrait renoncer aux torpilles Whitehead et revenir aux torpilles portées au bout d’une hampe, le long de l’ennemi, par le torpilleur lui-même.

Il est probable que, dans les prochaines manœuvres, on s’efforcera de vérifier l’efficacité aujourd’hui si douteuse du tir des torpilles automobiles en effectuant des lancemens dans des conditions aussi rapprochées que possible de celles de la guerre.

Devant les mécomptes donnés par les torpilleurs en haute mer, on a préconisé, dans ces derniers temps, l’emploi de transports de torpilleurs ; ce sont de grands bâtimens capables de porter un certain nombre de petits torpilleurs sur leur pont ; attachés à une escadre, ils doivent mettre leurs torpilleurs à la mer lorsque le moment de s’en servir sera venu. Bien que l’Angleterre, et, à son exemple, d’autres nations soient entrées dans cette voie, il n’est pas encore bien prouvé que l’opération de débarquer des torpilleurs en pleine mer soit pratique : elle le sera d’autant moins que