Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/189

Cette page n’a pas encore été corrigée


bâtiment peut subir l’assaut de la mer et du vent sans être arrêté dans sa course.

Aujourd’hui, on ne considère pas qu’un navire de moins de 3,000 à 4,000 tonneaux soit capable de soutenir une vitesse supérieure à 16 nœuds par tous les temps. C’est la dimension à laquelle l’Angleterre s’est arrêtée pour les plans de 20 croiseurs de 2e classe qui sont en achèvement sur ses chantiers et qui doivent donner 20 nœuds aux essais.

Sans prétendre que nos croiseurs-torpilleurs soient sans valeur, on peut dire qu’ils ne répondent pas aux espérances qu’ils avaient fait naître en 1886. Leurs machines et leurs chaudières sont d’une extrême fragilité, parce qu’il a fallu réduire au minimum les dimensions et par suite la résistance des pièces de machine, pour emmagasiner les organes nécessaires au développement d’une grande puissance en chevaux-vapeur dans un espace restreint. Pour obtenir une production suffisante de vapeur à tension élevée pour ces machines, il a fallu de même s’ingénier à construire des chaudières légères, remplissant des conditions spéciales. Aussi les ruptures des tiges de piston et les fuites des chaudières sont-elles trop fréquentes à bord des bâtimens ainsi construits.

Restent le Cécille et le Tage qui marchent admirablement bien, mais auxquels on pourrait reprocher de trop grandes dimensions et, par conséquent, un prix de revient trop élevé, étant donné qu’ils n’ont d’autre protection contre l’artillerie qu’un pont cuirassé. Nous ne parlons pas du Sfax qui ne donne plus 16 nœuds.

Deux croiseurs, plus le Davout, l’Alger et le Jean-Bart en essais, voilà tout ce que possède actuellement la marine française pour éclairer ses flottes cuirassées ! Il faut le dire bien haut pour obtenir l’achèvement immédiat des 5 croiseurs protégés, des 3 croiseurs de 1re classe et des 4 croiseurs de 2e classe qui sont en construction dans nos arsenaux. Nous pouvons les avoir presque tous à flot d’ici un an environ, et nous posséderons alors une vingtaine de croiseurs dignes de ce nom. Ce serait un grand pas fait en avant et une lourde préoccupation de moins pour nos chefs d’escadre. « Des frégates ! donnez-moi des frégates ! » disait Nelson pendant ses croisières dans la Méditerranée. C’est aussi le cri de nos amiraux qui, tous, demandent que nous comptions dans notre flotte de ligne au moins autant de croiseurs que de cuirassés.

Et pourtant jamais le besoin d’éclaireurs rapides n’a été plus pressant pour nos escadres cuirassées.

A cause de leur ceinture d’acier et de la lourde artillerie qu’ils portent, les cuirassés ne peuvent pas prétendre à une vitesse de