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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/177

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une artillerie plus maniable, mais plus nombreuse et d’un tir beaucoup plus rapide.

La torpille est un engin sur lequel le dernier mot n’est pas dit.

Quant à l’éperon, il n’a pas cessé d’être considéré comme l’arme par excellence, sans cependant que l’on soit bien certain que celui qui donnera le coup d’éperon ne sera pas blessé aussi dangereusement que celui qui le recevra.

Il en résulte que les marines des grandes puissances sont composées de navires fort dissemblables, sur le mérite desquels on est encore loin d’être fixé.

Pour trouver la meilleure utilisation de ces différentes unités de combat, il n’y avait rien de plus logique que de les placer en face de certaines hypothèses, semblables aux objectifs que la guerre peut présenter, et de leur faire exécuter, dans les limites du possible, les opérations que ces hypothèses comportent.

Notre marine a exécuté les premières grandes manœuvres navales en 1886, sous le ministère de l’amiral Aube.

Il s’agissait alors d’établir le rôle que pourraient jouer, dans une guerre navale, les torpilleurs qui faisaient leur apparition en pleine mer.

Depuis cette époque, la France, et les grandes puissances maritimes à son exemple, ont armé chaque été un certain nombre de bâtimens en réserve pour les adjoindre à leurs escadres permanentes en vue d’étudier les problèmes de la guerre sur mer.

Les manœuvres navales ont en outre l’important avantage de faire naviguer pendant deux ou trois semaines les bâtimens de seconde ligne, maintenus en réserve dans les arsenaux, et aussi d’entraîner leurs états-majors et leurs équipages aux évolutions de l’escadre. Elles constituent un excellent exercice pour le personnel et une épreuve sérieuse imposée au matériel et surtout aux machines.

C’est peut-être en cela que réside le principal intérêt des manœuvres, et sur ce point l’expérience acquise a été considérable. Car, en ce qui concerne la conduite même des hostilités, il est certain que les manœuvres ne peuvent présenter qu’une image bien imparfaite de leur réalité, et cela pour plusieurs raisons.

D’abord il est impossible de se placer dans les conditions de la guerre parce qu’il est désobligeant pour ses voisins de faire choix parmi eux de belligérans supposés ; on est donc forcé d’effectuer des opérations que l’on a en vue dans des parages autres que ceux qui en seraient le théâtre. Ensuite, on ne peut pas simuler l’offensive ; prendre l’offensive est, pour une flotte, exécuter une marche à toute vapeur sur un but déterminé, ce qui ne comporte pas matière à des manœuvres tactiques.