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Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 107.djvu/146

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introduire ainsi dans les sciences physiques la précision et la certitude des sciences mathématiques. « Celui qui blâme la suprême certitude de la mathématique se repaît de confusion, et jamais il n’impose silence aux contradictions des sciences sophistiques, qui ne produisent qu’une éternelle criaillerie (uno eterno gridore). » La science ne serait achevée que si elle avait pris la forme déductive. « Aucune investigation humaine ne se peut appeler vraie science, si elle ne passe par les démonstrations mathématiques [1]. » C’est que l’univers est une sorte de mathématique réelle, enveloppée d’apparences. Partout où il y a rapport et proportion, il y a place pour le calcul, et « la proportion n’est pas seulement trouvée dans les nombres et mesures, mais aussi dans les sons, poids, temps et lieux et dans toute puissance, quelle qu’elle soit. » La science doit procéder à la façon de la géométrie, analyse et synthèse, résolution de l’objet en ses derniers élémens, combinaison progressive et continue de ces élémens selon des rapports nécessaires qui s’impliquent. « On appelle science une suite de raisonnemens (quale discorso mentale) qui prend pour point de départ les principes derniers au-delà desquels, dans la nature, aucune autre chose ne se peut trouver qui soit une partie de cette science. Par exemple, pour la quantité continue, il en est ainsi de la géométrie : commençant de la surface des corps, elle se trouve avoir son origine dans la ligne, limite de cette surface. Mais nous ne sommes pas encore satisfaits, sachant que la ligne a sa limite dans le point et, que le point est le terme au-delà duquel il ne peut y avoir de chose moindre. » L’expérience comme point de départ, la forme mathématique comme point d’arrivée, telle est la conception de la science de Léonard, conception toute moderne où se manifestent encore la justesse et la mesure de son libre esprit par une sorte de conciliation anticipée de Bacon et de Descartes.

Sans doute, il n’a pu que poser l’idéal et pressentir les voies qui permettraient de l’atteindre ; mais il ne s’agit pas ici d’une rencontre heureuse, d’une divination de génie vive et passagère. La mécanique, l’optique, la perspective, la théorie de l’ombre et de la lumière ; dans l’anatomie même, la symétrie et les rapports des diverses parties du corps humain ; dans tous les arts qu’il exerça, les proportions régulières impliquées par la beauté des formes ; en un mot, la pratique constante de l’art et de la science lui a donné la claire intelligence de ces formules fécondes où se concentre sa pensée.

La vraie science, qui commence par l’expérience et s’achève par

  1. Trait, d. P., § 1er.